La poignée de porte

Carrefour des lecteurs
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Le Soleil
Un groupe de 200 ex-travailleurs des six journaux de Groupe Capitales Média (GCM) se sont butés le 11 décembre aux portes sans poignées du siège social de leur ancien employeur, Power Corporation du Canada (PCC).

Le 13, les cochefs de PCC André et Paul Jr Desmarais annonçaient leur retraite. Le même jour, les travailleurs du Droit fondaient, après ceux des cinq autres quotidiens de GCM, leur coopérative pour la suite d’une information régionale indépendante. Mettons les poignées enlevées sur le dos d’un subalterne trop zélé. Quelle belle occasion la conjoncture de ces événements ne donnerait-elle pas aux deux propriétaires de PCC. Ils ne font maintenant que dans les finances. Qu’est-ce que ce serait pour eux de reprendre le régime de retraite de leurs anciens employés de l’information comme ils l’ont fait pour ceux de La Presse? Les affaires doivent-elles ne voir que le froid bilan? Pourquoi les Desmarais ne pourraient-ils pas imiter leur mère Jacqueline, grande mécène auprès des artistes, en aidant des artisans de l’information, tant ceux qui furent leurs partenaires que les six rejetons de GCM qui volent maintenant de leurs propres ailes? Pourquoi ne pas leur donner un peu de souffle, un peu d’air en faisant plus que longer le mur du bilan ou de la loi?Ce ne serait pour eux, leurs héritiers et actionnaires, qu’un courant d’air. Et quelle belle manière ce serait d’honorer l’épinglette à leur boutonnière, celle de l’Ordre du Canada, un pays où une poignée de main revigorée vaut mieux qu’une poignée de porte enlevée.

Pascal Barrette, Ottawa