Quatre lettres de nos fidèles lecteurs


Chers aînés, nous sommes heureux d’avoir des nouvelles de vous! Voici certaines des lettres reçues de nos fidèles lecteurs.

N'EN DÉPLAISE À M. CORONA

Je m’appelle Robert et j’ai fêté en mars dernier mon 80e anniversaire. Mes enfants et mes petits-enfants étaient tous là... sur Skype.

C’était magique, pour l’occasion j’avais endossé mon bel habit neuf. Mes proches avaient bien organisé une réunion dans un restaurant sélect, mais M. Corona Virus est arrivé et a chamboulé tous ces préparatifs. Pourtant il n’était pas invité.

Je n’aurais jamais cru vivre un jour ce qui nous arrive. Mais je me considère chanceux, d’abord on est deux et ma conjointe ex-infirmière me fait manger du tofu, du poisson et des épinards.

Elle prétend que c’est bon pour ma santé. Elle a toujours raison, mais c’est moi qui ai toujours le dernier mot: «Oui chérie!»

Ce qui est nouveau dans ma vie c’est de ne plus serrer dans mes

bras mes petits-enfants et mes enfants. Finis les fêtes des enfants où nous étions tous réunis. C’était du vrai bonheur. Tout redeviendra à la normale, il faut lui donner le temps.

Je me suis mis à écrire mes souvenirs de jeunesse : mes bons coups et les mauvais. À l’aide de photos d’époque glanées dans l’album familial et aussi avec des illustrations (je suis ancien graphiste) je déroule les 15 premières années de ma douce enfance.

Bien calés dans nos fauteuils, mon infirmière privée et moi regardons de savoureux films d’amour, de princesses et d’Histoire, sur Netflix.

Je vous en suggère trois: The Crown, Non-orthodoxe et Les Deux Papes. Ces délicieux moments sont tout à fait appropriés n’en déplaise à M. Corona.

Bien sûr, cette pandémie va changer mes habitudes, je garde quand même espoir en l’avenir...Et si par hasard vous rencontrez Corona Virus sur la rue ne le laissez pas entrer chez vous.

Robert Buist
Trois-Rivières

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COMME UN CHEVROLET 1956

 Il y a plusieurs décennies l’âge de la majorité a passé de 21 ans à 18 ans. Wow! Ce que c’était agréable à l’époque de se sentir adulte, alors que nous avions encore la couche aux fesses.

Depuis quelques jours, COVID-19 oblige, l’âge pour devenir un aîné a passé de 70 ans à 60 ans, alors que nous n’avons pas encore la couche aux fesses!

Je me sens depuis  comme un vieux Chevrolet 1956 tout rouillé, dans le fond de la cour a scrap de Pintendre auto à Lévis. Ça fesse dans le dash!

Cela dit, j’aimerais lancer un défi pour un combat mains nues à Lucian Bute, Jean Pascal ou  Georges St-Pierre…en respectant  la distance de deux mètres. Mon offre prend fin en même temps que le confinement.

Guy Sirois
Québec

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JE SUIS ENCORE LÀ!

Non, je ne suis point décédé, ni malade. Comme vous, d’ailleurs, chers enfants et petits-enfants! Comme vous, chers cousins.es, encabanés.es aussi dans vos maisons de là-bas!

Oui, je suis vivant, lucide! Encore, vivace et vif, comme vous m’avez connu! Mais...

Mais, aujourd’hui, après 45 jours en isolement en appart, je me sens agonisant «sur les bords». Oui, oui!  Car, on m’a déporté, pour ainsi dire, de ma vie d’hier... vers une autre vie.

Celle de la peur, de l’inconnu oppressant. Étrange et déserte. «Je suis en confinement», qu’on m’a dit. Un beau mot, au début, qui a plutôt flatté ma petite vanité «d’Ancien». Je me disais, optimiste: «Ah! enfin, nous sommes pris en compte, officiellement, par les autorités publiques et devenus de nouvelles attractions médiatiques».

Oui, la société, que j’avais quittée, il y a bien longtemps, m’ouvrait soudain, ses bras, ses attentions, voire son amour pour les p’tits vieux que nous étions. Hélas.

Hélas, c’était une illusion. J’insiste. Je ne nie point que les intentions se voulaient généreuses et tendres. Mais les procédures empruntées et les moyens de prises en charge n’étaient point là. Ici, des résidences n’avaient pas les compétences. Là, le personne se faisait insuffisant. Et, surtout, partout, cet enfermement des corps menait au confinement des âmes et des cœurs.

Mes chers enfants, non, je ne suis pas mort, mais...«pas fort»!

Je vous aime. Je sais que nous sommes, nous, en fusion par nos cœurs et nos âmes.

C’est là l’essence de notre survie morale. Je sais que vous êtes là. Merci.

Yvon Côté
Sherbrooke

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MES PENSÉES EN CETTE BELLE JOURNÉE

 Et oui, j’ai atteint l’âge des «sages», 73 ans.  À vrai dire, j’ai toujours 20 ans dans mon cœur.  Ce n’est pas le temps de déprimer!

Lorsque la détresse m’envahit, comme tout le monde en ce moment, je me recentre sur les beautés de la nature.  Regarder un beau coucher de soleil, respirer l’air pur de la campagne chaque jour, admirer cet arbre robuste qui pousse sans se soucier de ce qui se passe sur notre terre actuellement.

Merci la vie qui me permet d’être encore en santé physique et mentale.  Quel privilège!

Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, mais prendre soin de moi, un jour à la fois,

est très important.  En espérant que mon voyage sur terre me permette de laisser des traces positives à ma descendance.

En terminant, je mange des chips pour stabiliser mes émotions. Ah! Ah!

Denise Plourde 
Louiseville

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Chers aînés, racontez-nous votre expérience de confinement avec l'humour, le courage et la sagesse qu'on vous connaît. Parce que vous avez des choses à dire et que nous désirons vous entendre, écrivez-nous à maparole@cn2i.ca  Vos lettres pourraient être publiés samedi prochain.