«Apprenons progressivement à nous défaire de notre dépendance à l’automobile : elle profite bien davantage à nos fournisseurs qu’à nous-mêmes», écrit Étienne Grandmont, directeur général d'Accès transports viables.
«Apprenons progressivement à nous défaire de notre dépendance à l’automobile : elle profite bien davantage à nos fournisseurs qu’à nous-mêmes», écrit Étienne Grandmont, directeur général d'Accès transports viables.

La mobilité durable pour plus de «Fabriqué au Québec»

Étienne Grandmont
Directeur général d'Accès transports viables
POINT DE  VUE / La mobilité durable pour plus de «Fabriqué au Québec». Tel a été le message lancé par le premier ministre du Québec au début du mois de septembre. Selon François Legault, stimuler la production et l’achat de produits fabriqués au Québec présente de nombreuses retombées positives : réduction de notre déficit commercial, reprise du contrôle de notre économie, augmentation des retombées fiscales au Québec, maintien et création d’emplois de qualité, etc.

Les bonnes raisons d’appuyer cette idée ne manquent donc pas. D’ailleurs, nous appuyons ce principe, et pas que pour des raisons économiques. Une production plus locale peut aider le Québec à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre en réduisant les distances parcourues par les biens, notamment.

Plusieurs commentateurs ont émis des réserves quant à la capacité du gouvernement du Québec à intervenir davantage dans une économie intégrée et réglementée à l’échelle internationale. Ils n’ont pas tort : le Québec ne peut pas faire du protectionnisme sa nouvelle politique économique sans se frotter aux contraintes des accords internationaux.

Le gouvernement peut quand même agir en utilisant des cartes qu’il a déjà en main, par exemple en mettant en application des politiques existantes comme la Politique québécoise de mobilité durable.

Éviter de jeter de l’argent par les fenêtres

En 2018, les importations totales du Québec se chiffraient à 102,9 milliards $ et les exportations, à 92,3 milliards $. Nous avions donc un déficit commercial de 10,6 milliards $.

Les importations liées à l’industrie automobile seulement (pétrole, camions, VUS et automobiles) s’élevaient à 18,1 milliards $, soit 17,6 % de nos importations. Pour faire image, si les Québécois achetaient la moitié moins de véhicules personnels, nous éliminerions pour ainsi dire notre déficit commercial.

Qu’on se comprenne bien : des dépenses gouvernementales dans le secteur de l’automobile génèrent aussi des retombées économiques pour le Québec. Cependant, le transport en commun a un impact positif sur l’économie québécoise près de trois fois supérieur à celui du transport privé par automobile en matière d’emploi, de recettes pour les gouvernements et de création de valeur ajoutée, selon une étude menée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2010.

Le Québec ne produit pas d’automobiles, ni de pétrole. Notre force se situe dans la production de vélos, de trains, de métros, d’autobus et d’électricité. Dans ce contexte, comment notre gouvernement peut-il stimuler l’achat de ces biens produits ici au Québec et, en même temps, désinciter l’achat de biens importés qui creusent le déficit commercial?

La demande induite: «If you build it, they will come»

La demande induite est un phénomène économique par lequel une plus grande quantité d’un bien est consommée lorsque son offre augmente. Appliquée au transport des personnes, cette règle permet de prédire qu’une augmentation de la capacité routière résultera en une croissance du parc automobile et une augmentation du nombre de kilomètres parcourus. Des projets majeurs d’infrastructures routières provoquent donc des effets cumulatifs qui vont à l’encontre du «Fabriqué au Québec».

Bonne nouvelle cependant : la demande induite s’applique aussi aux transports collectifs et actifs! Par exemple, déployer des aménagements cyclables fera augmenter le nombre de cyclistes. Nous avons d’ailleurs pu le vérifier depuis que la Ville de Québec a recommencé à développer son réseau cyclable en 2016 : le nombre de cyclistes a grimpé en flèche.

De la même façon, mettre en oeuvre le Réseau structurant de transport en commun et son tramway stimuleront la demande, mettant en place des conditions qui justifieront des investissements dans des phases subséquentes. Le secteur des transports collectifs, qui produira en plus d’ici quelques années uniquement des véhicules électrifiés, représente une opportunité de stimuler grandement l’économie d’ici.

En résumé, vouloir davantage de «Fabriqué au Québec» peut et doit passer par des projets d’infrastructures de transports collectifs et actifs qui viendront stimuler des secteurs d’activités dans lesquels nous sommes en position de force. Le plus beau, c’est que des projets sont prêts à être lancés : nous parlons donc d’impacts qui aideront à relancer l’économie du Québec. Sur le long terme, cette orientation stratégique permettra aussi d’offrir une réponse structurelle beaucoup plus complète à plusieurs enjeux environnementaux et sociaux.

Apprenons progressivement à nous défaire de notre dépendance à l’automobile : elle profite bien davantage à nos fournisseurs qu’à nous-mêmes.