Au-delà du sens du devoir et des responsabilités, nous nous devons de faire appel à notre conscience collective et à nos valeurs communes pour assurer un meilleur traitement et de meilleures conditions de vie aux aînés.
Au-delà du sens du devoir et des responsabilités, nous nous devons de faire appel à notre conscience collective et à nos valeurs communes pour assurer un meilleur traitement et de meilleures conditions de vie aux aînés.

La mince ligne entre l’isolement des aînés et la maltraitance

POINT DE VUE / Le confinement dû à la COVID-19 aura plusieurs impacts sur notre société à long terme, dont celui d’avoir exacerbé l’isolement de plusieurs aînés. La ligne est mince entre le confinement et l’isolement. Elle l’est tout autant entre l’isolement et la maltraitance.

La COVID-19 a causé des dommages considérables chez les aînés les plus vulnérables et en a fragilisé plusieurs autres. Le renoncement temporaire à la liberté pour des raisons sanitaires aura précipité des pertes cognitives et physiques chez plusieurs personnes du grand âge. Au-delà du sens du devoir et des responsabilités, nous nous devons de faire appel à notre conscience collective et à nos valeurs communes pour assurer un meilleur traitement et de meilleures conditions de vie aux aînés. 

Depuis près de 60 ans, Les Petits Frères ont pour mission de combattre l’isolement des personnes âgées et de limiter ses impacts. La maltraitance fait malheureusement partie de ses effets. Il nous est difficile de l’accepter, de la comprendre, mais elle est pourtant présente et bien réelle, et ce, dans tous les milieux.

Nos gouvernements, depuis plusieurs années, ont sensibilisé la population à la maltraitance des aînés. La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Mme Marguerite Blais, en a d’ailleurs fait l’un de ses chevaux de bataille. Les prochains mois seront toutefois capitaux dans la mise en place de mesures concrètes pour combattre ce mal sournois, souvent caché, qui risque de croître en raison des circonstances aggravantes du confinement. 

En 2020, le Québec compte déjà plus de 600 000 personnes âgées de 75 ans et plus. Ce nombre devrait doubler d’ici 20 ans. Nous devons passer à l’action, pas seulement pour réparer les erreurs du passé, mais aussi pour prévenir et nous tourner vers l’avenir. Ce problème ne devrait pas en être un. C’est toute notre perception à l’égard des aînés qui doit changer. 

Cet arrêt obligatoire pourrait avoir eu du bon. La cause des aînés ayant fait les manchettes, les Québécois ont compris dans l’indignation que la situation actuelle n’était plus tolérable. Briser l’isolement est un élément crucial de la solution. Les soins à domicile, l’encadrement, le soutien et l’accompagnement sont des gestes qui contribuent à cet objectif. Ils permettent aux aînés de retrouver leur dignité, de recouvrer un sentiment de sécurité et de prévenir la maltraitance. 

Ces dernières semaines, ce problème s’est transformé en un véritable enjeu de société. Il est devenu impossible de détourner le regard, de fermer les yeux. Toute notre attention doit maintenant être portée à faire avancer ce dossier, car l’isolement est une forme de maltraitance passive. Nous devons poursuivre cet élan de générosité engendré par la crise. Malgré les difficultés et la lourdeur de la tâche, nous devons leur promettre que nous ne les oublierons plus.