La Maison Rodolphe-Audette

La maison Rodolphe-Audette sous respirateur artificiel

Les citoyens de Lévis voulaient que cette maison patrimoniale d’exception soit conservée : ils l’ont manifesté clairement lors de la première demande de sa démolition faite en 2014 et lors de l’appel auprès du Conseil de Ville qui, le 8 décembre 2014, a décidé de rejeter la démolition de la Maison Rodolphe-Audette. En prenant cette décision, la Ville envoyait un message clair qu’elle ne voulait pas que cette maison d’exception soit détruite.

Le communiqué du Conseil de Ville au sujet de cette décision contenait les propos de M. le maire, M. Gilles Lehouillier, soit «Ce cas illustre bien le laisser-aller dans la protection de nos bâtiments patrimoniaux. Nous entendons donc tout mettre en œuvre pour en assurer la protection.»

J’ai alors compris que la Ville de Lévis voulait protéger et sauvegarder la Maison Rodolphe-Audette. Je sais que c’est ce que les membres du comité de mise en valeur de la Maison Rodolphe-Audette ont compris car ils ont travaillé très fort pour présenter un projet pour cette maison d’exception. Ce projet est un «éco-musée populaire dédié à l’interprétation de l’histoire et de la généalogie de Lévis et de sa région, doublé d’un pôle de coordination des circuits touristiques axés sur les sites où s’étaient installés les premiers Européens à Lévis». Il semblerait que la Ville de Lévis n’aurait même pas accusé réception de leur projet qui a été soumis au Conseil de ville en août 2017.

Il semble que les membres du Comité de la mise en valeur de la Maison Rodolphe-Audette avaient constaté que la Ville n’avait pas posé d’actions concrètes depuis décembre 2014. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient été révoltés de la décision du 3 juillet 2018 et qu’ils aient décidé qu’ils n’iraient pas en appel parce qu’ils en avaient assez de «jouer aux fous». Ils ont «déchanté», et moi, j’ai «déchanté» quand j’ai connu la décision du 3 juillet 2018 qui ne mentionnait aucune action de la Ville de Lévis.

Or, depuis la déclaration de M. le maire du 8 décembre 2014, le Ministère s’est dit prêt à aider la Ville dans une lettre eu 12 mai 2017. D’après mes informations, cette lettre n’a jamais été portée à l’attention des citoyens de Lévis, ni des opposants à la demande de démolition faite en 2016. C’est le jour où le comité accepte la démolition de la maison, soit le 3 juillet 2018, que cette lettre est rendue publique. C’est pour le moins particulier.

Dans cette lettre, le Ministère de la Culture et des Communications mentionne qu’il est disposé à accompagner la Ville dans la recherche de solutions à l’égard du bâtiment du 6410, rue St-Laurent (Maison Rodolphe-Audette). Il y est également mentionné que la Ville de Lévis a en main tous les pouvoirs requis pour assurer la protection du patrimoine d’intérêt local et régional par l’entremise de la Loi sur le patrimoine culturel notamment.

Dans la Loi sur le patrimoine culturel, mentionnée à cette lettre, on retrouve le pouvoir d’une municipalité (article 127) de citer un bien patrimonial situé sur son territoire. Le comité ne mentionne pas que le Conseil de ville ait exercé ce pouvoir pour la Maison Rodolphe-Audette ni qu’il ait pris d’autres actions pour en assurer sa conservation. 

Il semble qu’une personne aurait fait appel de la décision du 3 juillet 2018. L’avis d’appel aurait été envoyé par courriel et, actuellement, il y aurait étude de la «conformité» de l’envoi de cet avis. Il serait surprenant que l’envoi par courriel soit considéré non conforme. L’avis de l’article 585 de la Loi des cités et villes, pour poursuivre la Ville de Lévis en dommages-intérêts se fait par courriel. Il serait pour le moins particulier que l’on ne puisse envoyer de la même manière l’avis d’appel d’une décision du Comité de démolition. C’est à suivre. On peut dire que la Maison Rodolphe-Audette est actuellement sous respirateur artificiel.

La Maison Rodolphe-Audette est «un bâtiment patrimonial d’exception dont les attributs architecturaux, l’histoire ainsi que sa localisation particulière et stratégique sont tout à fait remarquables» (propos du comité de démolition).

Le dossier de 2016 révèle que la Maison Rodolphe-Audette peut être réhabilitée, mais à forts coûts. Dans son expertise, La firme Génie + mentionne que «tout bâtiment historique peut être réhabilité. Les coûts nécessaires pour réhabiliter ce bâtiment sont très supérieurs aux coûts d’un bâtiment neuf. Dans ces conditions, la Ville de Lévis devra déterminer si l’importance patrimoniale du bâtiment justifie les coûts importants reliés à sa conservation et à sa réhabilitation»

La Ville de Lévis n’est pas sans reproche dans ce dossier. Que l’avis d’appel envoyé par courriel soit reçu ou pas, je rêve à une conclusion heureuse. Belvédère de Lévis inc. et la Ville pourraient se «parler». Il y a des mécènes dans plusieurs domaines : pourquoi pas Belvédère de Lévis inc. dans le domaine du patrimoine? Donner l’immeuble (lot avec la bâtisse) à la Ville de Lévis lui occasionnerait la perte des revenus qu’elle aurait obtenus de la vente de 3 condos («l’idée de départ» était de construire 3 condos à l’intérieur de la Maison Rodolphe-Audette). La Maison Rodolphe-Audette pourrait être citée («bien patrimonial») d’intérêt local et régional par le Conseil de Ville (Loi sur le patrimoine culturel)

Je sais que la réhabilitation de la Maison Rodolphe-Audette coûterait cher (688,254$ pour réhabilitation structurale sans compter les autres coûts). Je crois que la Ville de Lévis pourrait «ouvrir» un dossier d’exception pour une maison d’exception. Il serait sûrement possible de dégager des montants d’argent pour sa réhabilitation. Je crois qu’une collecte de fonds destinée à préserver la Maison Rodolphe-Audette, auprès de la population et des entreprises, aurait du succès. Les personnes qui voient cette maison sont en admiration devant sa beauté, même si elles ne connaissent pas son histoire d’exception.

Huguette Gagnon, Lévis