La loi du silence a brisé trop de vies

À toi qui fais partie des #MoiAussi, je tiens à te dire que je suis avec toi de tout cœur depuis le tout début, et ce, depuis le tout début de ton adhésion à ce mouvement collectif pour dénoncer l’agression sexuelle que tu as subie. Je te félicite de ton geste, celui d’avoir rejoint ce groupe de femmes décidées à s’affirmer comme sujets après avoir été traitées comme objets. Bravo! Mille fois bravo!

Il est grandement temps que le stéréotype de la femme-objet soit contesté et dénoncé avec force. Et, dans notre monde actuel, il est absolument nécessaire d’utiliser la force du nombre et la puissance du groupe. Un collectif dans lequel tu es entendue et crue. Des sœurs de cœur à qui tu peux parler des séquelles sur ton corps et dans ton monde intérieur, tant dans ta vie personnelle que familiale, sociale et professionnelle.

La loi du silence a brisé trop de vies. Étais-tu une enfant traitée comme une poupée par un papa, un grand-papa, un oncle, un frère ou un beau-père qui a laissé ses empreintes sur ton corps de petite fille ou d’adolescente? Étais-tu une jeune adulte dont les comportements ou les assauts d’un professeur, d’un confrère, d’un mentor, d’un formateur ou d’un employeur ont eu des répercussions sur toi? Je ne peux m’empêcher de penser aussi à toutes ces femmes qui ont subi les agressions ou les gestes déplacés d’un professionnel qu’elles ont consulté à des moments de vulnérabilité ou de souffrance: médecin, psychologue, psychiatre, avocat en droit matrimonial, chiropraticien, dentiste, conseiller spirituel ou prêtre, etc., à qui elles avaient accordé leur confiance pleine et entière. Ce fut mon cas. Il y a bien longtemps.

Te souviens-tu à quel point tu t’es sentie coupable, dans un premier temps? Un réflexe appris, bien ancré dans la tradition chrétienne: Ève, la première, a été reconnue coupable de tous les crimes de l’humanité depuis déjà très longtemps. Mais Ève, elle était seule. Toi, tu étais seule à ta façon: la loi du silence vise d’abord et avant tout à t’isoler et à perpétuer le droit de l’homme à t’utiliser pour la satisfaction de ses besoins sexuels. Peut-être quelqu’un t’a-t-il demandé d’être discrète, douce et gentille et de pardonner? Attention: le prix du silence est lourd de conséquences personnelles. Toutefois, le prix de la parole peut s’avérer très coûteux en temps, en énergie et en argent autant dans les systèmes disciplinaire que judiciaire! Sans doute le sera-t-il un peu moins à l’intérieur du collectif #EtMaintenant qui permettra une solidarité.

Gros câlin d’affection et de tendresse de ma part dans ce regroupement auquel je me suis finalement jointe, après de nombreuses années de luttes dans la marginalité et la solitude pour tenter de dénoncer un professionnel agresseur, sans conscience, sans morale ni éthique.

Ta sœur de cœur

Lyse Frenette, Lac-Delage