En plus de faire passer de 18 ans à 21 ans l’âge légal, la Coalition avenir Québec (CAQ) veut interdire la consommation du cannabis dans les lieux publics et préconise que la Société québécoise du cannabis n’installe pas de point de vente à proximité d’un cégep ou d’une université.

La ligne dure de la CAQ

ÉDITORIAL / Si les caquistes abandonnent leur promesse de hausser à 21 ans l’âge minimal légal pour acheter du cannabis, il ne faudra pas leur en tenir rigueur. S’ils veulent vraiment aider les jeunes, il y a en effet meilleure stratégie à adopter.

En plus de faire passer de 18 ans à 21 ans l’âge légal, la Coalition avenir Québec (CAQ) veut interdire la consommation du cannabis dans les lieux publics et préconise que la Société québécoise du cannabis n’installe pas de point de vente à proximité d’un cégep ou d’une université.

En quoi laisser les jeunes étudiants aux mains du marché illégal va-t-il mieux les protéger, mieux les informer sur les conséquences néfastes de la consommation de cannabis?

Le gouvernement caquiste devra fournir de bons arguments avant de concrétiser ses promesses électorales. Jusqu’à maintenant, son approche n’est pas très convaincante et cohérente avec les objectifs de la légalisation. 

«C’est absurde. Je ne comprends pas. Oui, il y a des risques pour la santé mentale, mais c’est aussi le cas pour l’alcool», affirmait récemment au Soleil Jean-Sébastien Fallu, professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal. 

«Il n’y a aucun endroit où il y a un âge différent entre l’alcool et le cannabis. […] Si on interdit à ces jeunes l’accès à un produit de qualité, cela signifie qu’on les laisse dans un milieu interlope. Ils vont consommer quand même.»

Empêcher la Société québécoise du cannabis (SQDC) d’ouvrir une succursale près d’un cégep ou d’une université ne garantit pas non plus que des jeunes résisteront à l’envie de goûter au pot et de s’en procurer. Laisser les étudiants aux mains des pushers et de leur marchandise douteuse est une bien étrange façon de veiller sur eux.

Certains spécialistes rappelleront que la consommation de cannabis a des impacts sur le développement du cerveau d’une personne de moins de 25 ans.

Certes, mais nos politiques publiques doivent être réalistes. 

Ce n’est pas parce que l’âge légal pour consommer sera fixé à 21 ans que les jeunes n’achèteront plus de cannabis à 18, 19 ou 20 ans. La prohibition et l’approche répressive n’ont pas empêché que le Canada soit le pays comptant le plus grand nombre de jeunes consommateurs au monde.

Par ailleurs, légaliser ne veut pas dire banaliser et faire preuve de laisser-faire.

Et pour qu’il en soit ainsi, il faut pouvoir compter sur un gouvernement qui aura la santé et la sécurité publique à cœur. La prévention, la sensibilisation et l’éducation aux comportements responsables, ainsi que la recherche doivent être dans ses priorités, et non seulement durant les premières années suivant la légalisation.

La ligne dure, c’est au suivi de la légalisation que le gouvernement caquiste doit l’appliquer.

À cette fin, il doit s’appuyer sur des données fiables, sur des faits, sur l’avis d’experts, notamment ceux en santé publique.

Si la consommation s’accroît de façon alarmante, si les règlements adoptés par les villes ont des effets néfastes et contre-productifs, si des effets non prévisibles se manifestent dans les milieux de travail, s’il s’avère que les conseillers de la Société du cannabis poussent à l’achat, il devra apporter rapidement les ajustements qui s’imposent.

Les revenus tirés de la vente du cannabis ne doivent jamais lui faire oublier ses responsabilités à l’égard de la santé et de la sécurité de la population.

La Société québécoise du cannabis ne doit pas dans quelques années se retrouver sur la sellette comme l’a été Loto-Québec avec les joueurs compulsifs et pathologiques.