La grandeur d’Albert Millaire

Je me souviens du jour où une élève de cinquième secondaire de l’école où j’enseignais avait invité le comédien Albert Millaire pour mousser le théâtre auprès des élèves. La frénésie était palpable dans la salle où quelque 800 élèves attendaient avec impatience ce grand comédien, ignorant tout de la prestation qu’il allait leur offrir.

Puis, tout à coup, tel un personnage sorti d’un conte de fées, le grand Albert Millaire apparut sur la scène, muni d’un nez proéminent, vêtu d’un chapeau arborant une longue plume, d’une veste ample resserrée à la taille par une large ceinture, d’un pantalon bouffant et de longues bottes.

Alors, de sa voix de stentor, il annonça aux élèves qu’il allait leur jouer un extrait de Cyrano de Bergerac. Puis, dès qu’il amorça sa longue réplique, un silence sépulcral envahit la salle, si bien qu’on aurait pu entendre voler une mouche. La communication avec les jeunes spectateurs s’est établie aussitôt que l’acteur se mit à parler et à bouger sur scène avec une telle magnificence que les yeux des élèves demeuraient rivés sur Cyrano.

Probablement qu’aujourd’hui plusieurs des élèves qui ont assisté à cette prestation s’en souviennent encore…c’était surtout cela, Albert Millaire, un grand parmi les grands qui envahissait la scène pour finalement se l’approprier tout entière!

Henri Marineau
Québec

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LEGAULT, COUILLARD ET LE CHUM

François Legault a été ministre de la Santé en janvier 2002, au moment où les études préliminaires de conception du CHUM se terminaient. Selon Robert Lacroix et Louis Maheu (Le Chum, une tragédie québécoise, 2010), Pauline Marois avait piloté remarquablement ces études en réunissant une équipe d’une cinquantaine de personnes dirigée par Claude Béland. Le 15 décembre 2001, le ministre Rémy Trudel, successeur de Pauline Marois, reçut le Plan directeur du CHUM dont les coûts avaient été évalués à 1 milliard $ par les ingénieurs de SNC.

Sa construction devait se terminer en 2006. Le site de l’édifice avait été choisi sur recommandation d’experts. Les choses allaient donc rondement jusqu’à l’arrivée le 30 janvier de François Legault à la tête de la Santé. Legault répondait de moins en moins aux appels de Claude Béland qui s’impatientait de l’absence de réponse du gouvernement au plan directeur. Son silence et les élections du 29 avril 2003 mirent fin au projet.

Les Libéraux furent élus et, en été 2003, le nouveau ministre de la Santé, Philippe Couillard, imposa la dissolution de l’équipe et le rejet de son projet. Huit ans plus tard, il changea le site de l’hôpital et autorisa sa construction en PPP. L’inauguration eut lieu en 2017, six ans après le début des travaux. Les coûts ont triplé, à 2,9 milliards $. Le 1er octobre, Legault et Couillard postuleront le poste de premier ministre. L’électorat sera-t-il sensible à leurs parcours politiques?

Jean-Marie Desgagné
Québec