Bernard Landry en 2003

La Gaspésie se souvient de Bernard Landry

BILLET / La scène se passe dans l’auditorium de l’École des pêches de Grande-Rivière, en Gaspésie, le 11 mars 1996. Bernard Landry, alors ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement de Lucien Bouchard, participe au lancement officiel du Secrétariat à la mise en marché Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, un organisme de promotion des exportations.

L’air un peu absent, M. Landry semble là par obligation plus que par la passion qui a souvent caractérisé la plupart de ses actions. Il n’avait pas encore, à l’époque, adopté la cause gaspésienne avec la vigueur qu’on lui connaîtra comme premier ministre, entre mars 2001 et avril 2003.

En fait, Bernard Landry a pris son temps avant de comprendre les enjeux de la région et monter au front afin d’instaurer des mesures qui ont permis à la Gaspésie de diversifier son économie.

Ainsi, en octobre 1999, alors que la Gaspésie perdait 900 de ses 1500 emplois industriels les mieux rémunérés à la suite des fermetures coup sur coup de la mine souterraine de Murdochville et de la papeterie Gaspésia de Chandler, M. Landry invitait simplement les Gaspésiens à se retrousser les manches et à travailler. Ce n’était pas sa meilleure intervention.

Il a ensuite fallu huit mois avant que le gouvernement québécois réagisse avec l’attention que méritait la situation vécue par la Gaspésie. Aucune autre région québécoise n’avait vécu une crise de cette ampleur. Le premier ministre Bouchard n’était venu dans la péninsule qu’à la fin de juin 2000.

À ce moment, une forte grogne mijotait dans les foyers gaspésiens, à tel point qu’un mouvement de révolte, l’Action des patriotes gaspésiens, avait recruté des milliers de membres de janvier à mai 2000.

Il faudra attendre le départ de Lucien Bouchard et l’arrivée de Bernard Landry au poste de premier ministre en mars 2001 pour qu’une véritable stratégie d’intervention s’articule en Gaspésie.

Alors que l’Action des patriotes gaspésiens était boudée par une certaine élite régionale et par la quasi-totalité de politiciens, M. Landry, président du plan de relance de la région, avait même pris sa carte de membre!

En un court mandat de deux ans, il est venu plus souvent en Gaspésie que n’importe quel autre premier ministre québécois en fonction pendant de bien plus longues périodes.

La Gaspésie et les Îles ont ainsi bénéficié de créneaux d’excellence, des filières alignées sur les nouvelles forces de la région, comme l’énergie éolienne. À cet égard, le gouvernement Landry a jeté les bases du développement d’une véritable industrie de fabrication de composantes éoliennes, d’abord en Gaspésie, filière qui a ensuite rayonné ailleurs au Québec. Ce gouvernement a parallèlement préparé les premiers appels d’offres éoliens, lancés dans les mois suivant l’arrivée du gouvernement suivant, de Jean Charest.

Les interventions du gouvernement Landry ont aussi été majeures en tourisme, grâce notamment à la mise à niveau du Parc de la Gaspésie, et dans le développement de centres d’appels et de services qui ont fait leurs preuves jusqu’à aujourd’hui, notamment en gagnant des prix nationaux.

Son parcours n’a pas été sans failles. La relance de l’usine Gaspésia a échoué en 2004, une responsabilité à partager, il faut dire, entre les gouvernements Bouchard, Landry et Charest. Un centre d’appels privé prévu pour Chandler n’a jamais vu le jour.

Mais la lenteur initiale de M. Landry comme ministre a été largement contrebalancée par ses actions. Il a accordé une importance à la Gaspésie qui n’avait jamais eue sur le plan québécois. Même des libéraux invétérés avouaient en 2003 que le plan de relance de la Gaspésie était bon.

La péninsule, comme bien d’autres régions québécoises, a été souvent abandonnée par la plupart des gouvernements ayant succédé au régime Landry.

M. Landry n’aimait pas se faire rappeler ses hésitations initiales en matière d’interventions dans les régions, mais il s’est largement repris en déployant une grande capacité d’ajustement. Il a su démontrer des qualités d’écoute qui font en général cruellement défaut depuis son retrait de la vie politique.