Le Sommet de la Francophonie s'est tenu à Erevan en Arménie, les 11 et 12 octobre.

La francophonie, c’est aussi votre affaire, M. Labeaume

Quand le maire de Québec revêt son costume d’imprécateur, les bouffonneries involontaires sont souvent au rendez-vous.

Fustigeant la Francophonie, avec la grâce mesurée qu’on lui connaît, Régis Labeaume a récemment déclaré qu’elle n’était qu’un «party de dignitaires», ajoutant qu’il n’avait «jamais vu de ce côté-ci de l’Atlantique» cette détestable espèce francophone.

Outre le fait que ces lamentations traduisent des préjugés et une ignorance indignes d’un élu, elles semblent aussi révéler une inquiétante amnésie de la part de celui qui est aujourd’hui l’un des vice-présidents du Bureau de l’Association internationale des maires francophones (AIMF). Certes, notre intempestif élu, qu’on sait à présent rétif aux festivités, n’a guère brillé au fil des ans au sein de l’AIMF, qui regroupe 265 villes membres, présentes dans près de 50 pays. Il faut dire que l’AIMF s’attache à des tâches qui paraissent insignifiantes aux yeux du maire Labeaume : le renforcement de la démocratie locale, l’amélioration du bien-être des populations locales ou la modernisation de la gestion municipale. Autant de missions qu’il vaut évidemment mieux confier aux amuseurs de cette francophonie lointaine accusée de fuir nos rivages.

Plus étonnant encore, le maire de Québec semble également tout ignorer de l’existence de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), dont le siège social n’est pourtant qu’à cinq minutes de marche de son bureau. Il faut dire que le personnel de l’Institut, occupé à soutenir la participation des pays du Sud aux négociations internationales sur le développement durable et à animer un exceptionnel réseau international d’expertise sur les stratégies nationales en ce domaine, n’a guère le loisir, tout comme le maire Labeaume, de fréquenter les «cocktails party». Rappelons au maire de Québec que l’IFDD existe depuis 30 ans, créé dans la foulée du deuxième Sommet de la Francophonie.

Où était donc M. Labeaume quand s’est tenu à Québec, en juillet 2012, le premier Forum mondial de la langue française, organisé par l’OIF? Pourtant, la présence à cette occasion de 1300 participants, autant de touristes si vénérés par lui, venus de 104 pays, n’aurait pas dû échapper à son habituelle sagacité. N’était-il pas l’un de ces «dignitaires» insouciants qu’il conspue aujourd’hui, ou bien ce fâcheux souvenir s’est-il égaré dans les oubliettes de sa mémoire?

Si le maire de Québec a raison d’appeler à un «renouveau» de la Francophonie, il serait bien inspiré de jouer pleinement le rôle qui est le sien comme vice-président de l’AIMF et à renoncer à se joindre au chœur des aigris et des demi-contents qui n’ouvrent la bouche que pour turluter des lieux communs.

Michel Leclerc, Sainte-Pétronille