La Francofête pour sensibiliser à l’importance de la langue française

POINT DE VUE / C’est la Francofête du 11 au 24 mars. Pour l’occasion, des activités ont lieu un peu partout, encouragés par l’Office québécois de la langue française, des jeux, des dictées, des concours, des remises de prix, des conférences de presse, etc. Normalement, les deux semaines seront l’occasion de réfléchir à l’évolution et à la qualité de la langue.

La langue des Québécois s’améliore-t-elle? Sans doute. Mais l’essentiel est qu’elle évolue et se modernise selon ses propres principes, qu’elle reste contemporaine. Des réalités nouvelles apparaissent dont il faut intégrer et assimiler le vocabulaire. Il y a un effort collectif à faire pour l’adapter au terreau du français, adopter une graphie française (baguel, iglou, vaudou, etc.), une prononciation aussi (i-da-o; i-pade), choisir le mot français plutôt qu’un calque (rétrogradation plutôt que «démotion»). De tels réflexes sont des indices de la viabilité du français, qu’il soit québécois ou international.

La Francofête sera l’occasion pour l’État et ses services linguistiques de sensibiliser les locuteurs et les scripteurs, au-delà de la progression du nombre de locuteurs, à la notion de qualité de la langue. Tous devraient apprécier le bon usage et tenir compte des niveaux de langage. À la taverne, on parle sans réflexion, sans réfléchir aux mots utilisés et à leur ordre normal. En entrevue ou en conférence, en public, d’autres règles s’appliquent. Les locuteurs n’ont pas à suivre pas à pas, à l’aveuglette, les conseils correctifs des autorités, mais ils devraient apprendre à tenir compte des contextes.

On arrive inévitablement à l’influence des médias de masse. La qualité de la langue parlée ici dépend, de nos jours, beaucoup plus des psittacismes de la radio ou des raccourcis des médias sociaux que de l’enseignement public. Des formes fautives se répandent comme trainée de poudre. Pensons à «dernier droit» (fin de parcours), au mot «événement» employé pour désigner un match de hockey, une bagarre ou les soldes d’un grand magasin. L’impact des médias sur ses milliers d’auditeurs est sans commune mesure avec celui des professeurs sur leurs classes de vingt élèves ou étudiants.

L’amélioration de la langue française au Québec ne sera pas assurée par la Francofête annuelle. Mais celle-ci doit être l’occasion de sensibiliser les citoyens aux efforts à faire, à les inciter à douter des expressions toutes faites calquées sur l’anglais et fort éloignées du français dit international, à leur signaler les outils correctifs mis à leur disposition, à les encourager à faire remarquer aux vedettes médiatisées leurs fautes et à leur proposer des solutions de rechange, à inciter les entreprises à se doter de responsables du bon usage. Les locuteurs sont des citoyens et leurs interventions langagières sont à la langue ce que le vote est à la vie politique.

Bonne FrancoFête!