La fin du cannabis illicite… vraiment?

Le gouvernement Trudeau veut légaliser le cannabis sous deux prétextes: prévenir la consommation chez les jeunes et l’élimination du marché illicite contrôlé par le crime organisé.

Pour ce qui est du premier objectif, les impacts négatifs de la consommation du cannabis sur le développement du cerveau des jeunes sont indéniables et les membres du Sénat ont entendu les experts du monde médical l’affirmer sur les bases de données scientifiques et convaincantes.

Reste la lutte au marché illicite. Les bureaux d’enquête de nombreux médias ont déjà publié des articles énonçant que plusieurs distributeurs canadiens de cannabis bénéficient d’investissements en provenance de paradis fiscaux reconnus. Des millions injectés dans l’aventure prochaine de la légalisation du cannabis sans que l’on puisse toujours savoir qui s’abrite derrière le voile corporatif. C’est un secret de polichinelle que le crime organisé possède les ressources afin de réinvestir le fruit de leurs crimes dans des entreprises légales. C’est ce qu’on appelle communément le blanchiment d’argent.  

«Nous savons qu’il y a plus de 300 groupes criminels organisés qui sont impliqués dans la distribution et la production de cannabis. Il s’agit d’une industrie de 7 milliards de dollars par année. C’est un problème énorme. Le crime organisé ne va pas tout simplement renoncer à ce marché…» (Chef adjoint Mike Serr, coprésident, Comité sur l’abus des drogues, Association canadienne des chefs de police)

Depuis le début de l’année, les comités sénatoriaux ont entendu plus d’une centaine de témoins et tous sont incapables de prédire les effets à long terme de la légalisation. On commence seulement à voir la pointe de l’iceberg. Radio-Canada/CBC vient juste de révéler des faits étonnants concernant la légalisation du cannabis récréatif au Colorado et qui est en vigueur depuis 2014:

«Selon les autorités étatiques, toutefois, la légalisation a plutôt eu le résultat inverse. Même si l’on compte plus de 500 points de vente de marijuana légale sur le territoire, le marché noir a le vent dans les voiles.»

Les consommateurs de cannabis semblent rechercher le meilleur prix et le produit qui procurera le meilleur «buzz».  Déjà, des témoins sous le couvert de l’anonymat, nous ont présenté les ajustements qu’ils envisagent pour utiliser les trous béants de l’actuel projet de loi C-45 et continuer leur «business» illégale.

Les groupes criminels sont organisés et existent depuis des décennies.  Le mieux qu’on puisse faire, au minimum, c’est d’éliminer l’existence du crime organisé dans le réseau légal de production et distribution.  Des témoins des forces de l’ordre ont demandé des améliorations du processus d’émission des permis de production:

«Nous demandons également au gouvernement fédéral d’adopter des exigences rigoureuses et de solides mesures de réglementation en matière d’attestation de sécurité afin de s’assurer que les activités criminelles ne soient pas en mesure d’obtenir des permis de production, tel que nous avons observé dans le secteur du cannabis thérapeutique.» (Chef Mario Harel, Association canadienne des chefs de police)

Si l’élimination du crime organisé dans le marché du cannabis est réellement un objectif, un gouvernement responsable doit prévoir des mesures de contrôle plus sévères pour les producteurs et fournisseurs reconnus.  Il doit limiter l’utilisation des paradis fiscaux comme source d’investisseurs dans les entreprises de cannabis.

Plus encore, dans la poursuite de cet objectif, il pourrait exiger que les compagnies qui investissent dans l’industrie du cannabis aient leur siège social au Canada, que tous les investisseurs importants soient citoyens canadiens et que l’identité de ces derniers soit révélée pour les vérifications de sécurité. Ne pas implanter un processus du genre ne ferait que confirmer un manque de sérieux lorsque l’on prétend s’attaquer vraiment au crime organisé.

Claude Carignan, sénateur, C.P., Mille-Îles