Le terrasson doit être recouvert de tôle à baguette en acier galvanisé, non peint, non émaillé et la portion brisis, en tôle à la canadienne. Cette façon de faire représente pour Violette Goulet une dépense de 83 000 $.

La fin des toits de couleur à l’île d’Orléans

POINT DE VUE / Vieille de 150 ans, ma maison est reconnue comme patrimoniale sur l’île d’Orléans. Depuis deux hivers, je constate des infiltrations d’eau dans la partie terrasson de la toiture, c’est-à-dire la partie en tôle.

Au printemps 2019, j’ai entrepris des démarches auprès de la municipalité de Sainte-Pétronille, de la MRC et du ministère de la Culture et des Communications (MCC) pour la réfection de la partie de ma toiture, actuellement en tôle peinte rouge. Je demandais un permis pour utiliser de la tôle profilée, sans vis apparentes, de couleur terra-cotta s’harmonisant avec le reste de la toiture. On retrouve déjà ce type de tôle sur plusieurs nouveaux bâtiments de style patrimonial à l’île.

La bureaucratie suit son cours jusqu’à ce que tout bloque au niveau du ministère de la Culture et des Communications.

1- On me répond que le type de tôle que je souhaite utiliser est industriel, donc non autorisé. Je dois plutôt poser de la tôle à baguettes, non peinte, non émaillée et beaucoup plus chère. Et, comme par hasard, cette tôle qui coûte une fortune à installer n’est pas considérée comme industrielle, mais patrimoniale…

2- On m’indique aussi que la couleur n’est pas autorisée si je veux bénéficier de la subvention aux bâtiments patrimoniaux. Donc, si je me conforme à leur demande, je me retrouve avec un toit à deux couleurs avec une partie acier et une partie rouge. (Dire que ce même ministère m’a octroyé, en 1996, une mention pour la mise en valeur du caractère de la résidence et de ses attributs architecturaux par l’emploi judicieux de couleurs).

Comme je ne peux accepter un toit à deux couleurs, je refais mes devoirs pour une réfection de toute la toiture. Après de multiples courriels et téléphones, la couleur m’est toujours refusée et on exige de la tôle en acier. Le terrasson doit être recouvert de tôle à baguette en acier galvanisé, non peint, non émaillé et la portion brisis, en tôle à la canadienne. Cette façon de faire représente pour moi une dépense de 83 000 $ (taxes incluses).

Il est vrai que pour satisfaire à ses propres exigences, le MCC offre une subvention allant jusqu’à 70 % des coûts, mais la MRC de l’île d’Orléans établit une limite à 35 000 $, ce qui est loin de représenter 70 % de ma facture de 83 000 $. Les normes et les coûts de réfection du patrimoine bâti ne cessent d’augmenter pour les propriétaires. Toutes ces restrictions font que la relève se fait rare.

Mais le pire, c’est qu’avec la disparition des toits de couleur, l’île d’Orléans perd aussi une partie de son charme et de son histoire. Qu’adviendra-t-il de ce véritable trésor du Québec? Le laisserons-nous se décolorer graduellement au détriment de l’uniformisation à tout prix?

P.-S. Ironiquement, le ministère me signale que, si je veux toujours un toit de couleur dans cinq ans, à la suite d’une nouvelle entente, on me subventionnera pour que je puisse peinturer ledit toit. Un chausson avec ça?