Pour le cheminement dans leurs cours, les tuteurs et les tutrices sont leur seul point de contact humain avec l’Université TÉLUQ, signalent les auteurs de cette lettre.

La fin de la relation enseignant-étudiant à l’Université TÉLUQ

En réaction au Point de vue «TÉLUQ: Les personnes tutrices ne sont ni professeurs ni chargés de cours» paru le 5 mai

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Cette lettre veut insister sur l’importance de préserver le modèle pédagogique développé à la TÉLUQ depuis 40 ans qui met l’étudiante et l’étudiant au cœur de notre engagement. Pour ce faire, nous croyons fermement qu’il faut préserver la relation enseignant-étudiant.

À la suite de la lettre de professeurs-es de l’Université TÉLUQ publiée le 5 mai dans Le Soleil, la vision que l’Université a de son avenir est enfin claire! Elle montre ainsi sa volonté de signer la fin du suivi pédagogique individualisé aux étudiantes et aux étudiants, la fin de son modèle de formation à distance facilitant la diplomation de celles et de ceux qui ont plus difficilement accès à l’enseignement supérieur.

La population étudiante de l’Université TÉLUQ est bien particulière : en majorité des femmes, à temps partiel, conciliant travail-études-famille, des étudiantes et des étudiants qui sont la première génération de leur famille à compléter des études universitaires. Les établissements du réseau de l’Université du Québec connaissent bien les défis d’enseigner à cette population étudiante atypique. Imaginez ce que cela signifie de le faire entièrement à distance! 

C’est pourquoi l’Université TÉLUQ a misé durant plus de 40 ans sur quelques 200 tuteurs et tutrices, qui assurent le contact pédagogique, le lien essentiel entre l’étudiant et le matériel de cours en ligne. Ces spécialistes de ce qu’on appelle l’encadrement, une forme d’enseignement à distance propre à l’Université TÉLUQ, sont la force vive de l’université. Ils s’assurent non seulement de faciliter et d’évaluer les apprentissages, mais également d’encourager et de motiver les étudiantes et les étudiants à continuer. Pour le cheminement dans leurs cours, les tuteurs et les tutrices sont leur seul point de contact humain avec l’Université TÉLUQ.

Or, les professeurs signataires de la lettre soutiennent que «la majorité des étudiants ne ressentent que très rarement, voire jamais, le besoin d’être accompagnés par une personne tutrice et font donc appel à elle uniquement pour corriger leurs travaux, la plupart du temps». Cette vision de certains explique pourquoi l’Université TÉLUQ met à pied depuis plus d’un an ses tuteurs et ses tutrices d’expérience : sa réorganisation est un modèle où la relation pédagogique avec l’étudiant est mise de côté. Or, la clé pour réussir une formation à distance est l’encadrement, et la disparition d’un tel contact humain est ce que craignent les étudiantes et les étudiants.

Dans sa réorganisation, l’Université TÉLUQ a décidé de créer une catégorie d’emploi contractuelle inédite, les nouvelles personnes embauchées comme «professeurs sous contrat» reprenant le travail des tuteurs et des tutrices. Mais contrairement à ces derniers, leur convention collective prévoit trois fois moins de temps en service aux étudiants. De plus, leurs responsabilités en encadrement ne sont pas balisées, contrairement à ce qui est prévu à la convention des tuteurs et des tutrices. 

En parallèle, l’université sous-traite à une entreprise privée, l’Institut MATCI, le travail d’encadrement des tuteurs et des tutrices, sans même que le conseil d’administration de l’université ne sache comment est effectué leur travail. De très nombreux acteurs étaient perplexes quant aux motivations de cette mise à l’écart d’un corps d’emploi présent depuis les débuts de l’institution. Ces mises à pied d’enseignants de 10, 20 voire 30 ans d’expérience en formation à distance à l’Université TÉLUQ s’expliquent enfin. Une vision comptable au détriment de l’encadrement des étudiantes et des étudiants.

L’Université TÉLUQ mise donc sur le fait que celles-ci et ceux-ci devront faire de l’«autoapprentissage». Cela revient à dire que l’encadrement est vu comme non seulement «rare, voire inexistant», mais surtout inutile dans le nouveau modèle. La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec s’oppose à un tel modèle où le numérique vient remplacer l’humain et refuse que la mission de l’UQ dans le développement social du Québec soit ainsi sacrifiée. 

Si l’Université TÉLUQ devient partie prenante du projet de la plateforme numérique eCampus, la mission qu’elle devrait porter, c’est de faciliter la réussite de cette population étudiante atypique. Or, cette réorganisation de cette composante de l’UQ met de côté non seulement les tuteurs et les tutrices, mais de ce fait également la relation pédagogique entre l’étudiant-e et l’enseignant-e si essentielle en formation à distance.

Jean Murdock, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec-CSN

Nancy Turgeon, présidente du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-Université