La fable du rêve brisé de l’érable de Charlevoix

Au départ, il y avait un rêve (celui de Daniel Gauthier et de Groupe Le Massif), qui, telle une samare, s’est implanté dans le sol pour devenir un plan d’avenir. La graine est allée chercher l’eau et les nutriments dont elle avait besoin (les sous du contribuable et son approbation) pour créer une jeune pousse pleine d’idéaux qu’on nommait alors «l’antithèse même d’un Resort».

Plusieurs y ont cru, certains ont même changé la direction de leur vie pour participer modestement à la germination et au développement de ce dessein. Le brin a grandi rapidement dans plusieurs directions (développement de la montagne, hôtel à Baie-Saint-Paul, train touristique), créant un trop grand nombre de frondaisons à soutenir pour le faible tronc en devenir. 

Certaines branches se sont cassées puis ont été ramassées au sol par d’autres (Groupe Germain, Train de Charlevoix). Ensuite, l’eau a manqué et chacune des racines a été mise à l’épreuve. Toute manœuvre faite par l’érable pour se déployer devenait plus difficile et il se mit à imaginer d’autres moyens d’y arriver.

Une idée extravagante lui apparut, celle de la venue d’un géant étranger (Club Med) sur son territoire. À force d’arguments économiques, de rhétorique contrefaite et de jeux d’influences, il mit fin à la confusion créée par cette vision et les bourses furent déliées à nouveau pour permettre aux ramures de continuer leur développement, dans la direction opposée à celle promise.

Cette croissance improvisée cachait une maladie rapide et incurable qui causa la destruction irréversible de l’habitat de l’érable, le tout approuvé par les instances, lesquelles accordaient bien des faveurs pour réaliser la chimère sur des terres publiques.

Pour plusieurs, faute de mémoire, c’était la conséquence logique de la venue d’un titan chinois, alors que d’autres rappelaient les engagements du passé («un projet écotouristique, vert et responsable») tout en évoquant les risques pour l’avenir. Entre les deux groupes, la communication s’avérait difficile et l’érable tardait à intervenir pour expliquer la situation et le saccage du paysage dans une région (Réserve de la biosphère) qui avait pourtant besoin de toute sa beauté pour continuer à attirer les visiteurs.

Pendant ce temps, les médias s’interrogeaient sur les changements apportés aux lois sans réussir à émouvoir la grande majorité qui croyait que l’arbre n’avait rien à se reprocher, malgré les «conditions essentielles» à la réalisation du projet initial bafouées. Pour les autres, il ne restait que la tristesse et les questions, alors que sous les feuilles mortes se cachait un tout petit espoir de persuader l’érable de reprendre le chemin vers les rayons du Soleil et de réaliser son rêve.

Véronique Tanguay
Baie-Saint-Paul