La danse au coeur du mouvement du monde

(Message québécois de la Journée internationale de la danse)

Que l’on s’y abandonne totalement ou que l’on tente d’y résister, nous faisons tous partie du grand mouvement du monde. Inéluctablement, ce système complexe, au-delà de toute compréhension, observe le ballet des humains où les corps se conquièrent, s’envoûtent, se voûtent, se touchent, se tuent, s’esquivent, se kiffent, se traversent, se transpercent, s’enlacent, s’épuisent et finalement un jour s’éteignent.

Nous obéissons à cet ordre.

En guise de contestation, nous faisons en nos chairs se côtoyer la mort et l’amour, nous cherchons le choc brutal, thermique, tellurique, que seul un corps qui a déjà exulté peut connaître.

La danse n’est que l’expression de ce désir d’absolu et de liberté.

C’est sans doute parce que nous redoutons ce grand mouvement du monde, cette si puissante poussée de vie, que nous tentons en vain de l’apprivoiser en ordonnant nos gestes, en réglant nos pas et en codifiant nos élans.

Peut-être que seuls ceux qui craignent réellement le mouvement tenteront de le dominer. Ceux-là m’émeuvent. Ce sont mes pairs et mes compères. Ils feront de la danse un spectacle. Les autres, plus sages, laisseront simplement les pas s’emparer d’eux.

Que notre danse soit portée par un pur besoin d’action ou un désir de création, nos corps sont héroïques, érotiques, nos corps sont sanguins, charnus, charnels, nos corps sont nobles et hors-normes, nos corps sont habités et habitacles.

Mais surtout, nos corps sont souverains, capables de politiser nos débats et de poétiser nos existences. Nos existences qui s’entrechoquent inlassablement dans ce grand mouvement du monde.

Mélanie Demers, chorégraphe ainsi que directrice artistique et générale de MAYDAY, Montréal