François Legault était en campagne à Saint-Henri-de-Taillon, mardi.

La CAQ au pouvoir avec moins de votes que le PLQ

Nous ne sommes pas encore au scrutin du 1er octobre, mais il faut envisager sérieusement la possibilité de l’élection d’un gouvernement de la CAQ même si ce parti reçoit moins de votes que le Parti libéral.

Ce phénomène serait dû aux effets pervers du mécanisme électoral qui permet le passage du décompte des voix à la désignation des députés élus, le scrutin majoritaire uninominal à un tour. On appelle ce dernier un «renversement de la volonté populaire», car le parti qui se classe premier rang dans le choix des électeurs est dépassé dans l’attribution des sièges parlementaires par le parti qui s’est classé en second dans le suffrage populaire.

Le Québec a connu à trois reprises un renversement de la volonté populaire. Aux élections de 1944, de 1966 et de 1998. En 1944, l’Union nationale de Maurice Duplessis avait vaincu le gouvernement libéral d’Adélard Godbout inaugurant ainsi un règne de 16 ans. En 1966, le gouvernement libéral de Jean Lesage, initiateur de la Révolution tranquille, s’était fait coiffer de justesse par l’Union nationale dirigée par Daniel Johnson. En 1998, le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard avait été réélu avec une confortable avance parlementaire sur les libéraux dirigés par Jean Charest (76 députés péquistes vs 48 libéraux).

Dans une telle perspective, une victoire caquiste le 1er octobre serait principalement due à l’appui d’une majorité d’électeurs francophones dans des régions comme la Mauricie, le Centre du Québec, l’Estrie, la Montérégie, Lanaudière et surtout la grande région de Québec. La concentration du vote libéral dans l’Ouest de Montréal et de Laval ainsi que dans l’Outaouais, même si elle lui assure en tout temps un bloc solide d’une trentaine de députés, la défavorise cependant dans des élections aussi serrées que celle de 2018. 

Dernier point : la probabilité que les résultats des élections du 1er octobre produisent un gouvernement minoritaire est de plus en plus forte. Détenant la balance du pouvoir, les députés du Parti québécois et ceux de Québec solidaire joueraient certes un rôle crucial dans une telle conjoncture.

Paul Cliche, Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique: le scrutin proportionnel, Montréal