La bureaucratie face au principe de précaution

Les deux dernières tragédies que le Québec a vécues au cours des derniers jours, la mort d’un enfant et les inondations, m’ont amené à faire le constat suivant: la bureaucratie semble exercer un véritable pouvoir d’inertie et un effet paralysant chez nos décideurs qui n’osent plus agir afin d’éviter des situations dramatiques.

Je m’interroge si l’on peut encore faire confiance au système en place et à son processus de décision? Est-ce un manque de ressources ou de leadership qui rend nos décideurs si craintifs à prendre les bonnes décisions au bon moment?

Je me sens de plus en plus impuissant face à un pouvoir d’inertie invisible où les personnes en autorité d’agir ne se sentent plus responsables de rien, souffrant eux-mêmes d’une amnésie individuelle quant à l’importance de prendre des décisions pour prévenir les dérives humaines. Tout se passe comme si nous étions des spectateurs passifs et impuissants qui regardions deux films d’une grande tristesse sans pouvoir changer le cours des événements. Tout cela, en sachant que de tels événements vont se reproduire de façon répétitive, et ce, sans qu’aucun intervenant en autorité ne soit imputable des actes sous sa responsabilité.

Comment en sommes-nous venus à créer une société où, malgré les alertes et les signaux d’alarme, aucune action n’a pu empêcher d’une part la mort d’une jeune enfant et d’autre part les inondations à répétition? Dans un tel contexte, peut-on s’étonner que de plus en plus de citoyens ne croient plus au système en place et à l’élite qui la gouverne? Serons-nous bientôt infectés par le ras-le-bol planétaire face à la mauvaise gouvernance et à la déresponsabilisation collective?

Heureusement, j’ai l’espoir que ces deux événements nous permettront peut-être de prendre conscience des réformes à apporter afin de rendre plus efficaces nos processus de décision, tout en nommant des personnes en autorité ayant un bon jugement et qui ont une marge de manœuvre pour faire face à des situations imprévues et potentiellement critiques.

Le drame de la mort tragique d’un enfant de sept ans sous la responsabilité de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a provoqué n’ont pas une, mais quatre enquêtes différentes (CIUSSS-Estrie, coroner, Commission des droits de la personne et Sûreté du Québec). Voilà la meilleure démonstration que notre système de protection de l’enfant est devenu un fromage gruyère plein de trous où il est facile de se déresponsabiliser, selon les lois et protocoles en vigueur, en prétextant qu’un autre palier de décision devrait agir pour protéger l’enfant.

Face aux inondations à répétition, les gouvernements successifs et les élus municipaux savaient parfaitement qu’ils octroyaient des permis de construction en zone inondable tout en permettant le financement de réparation de maisons qui avaient déjà été inondées. Cette attitude irresponsable à courte vue a créé des drames auprès de plusieurs milliers de personnes désespérées d’avoir tout perdu, leur maison, mais aussi des souvenirs de toute une vie.

Espérons que nos élus appliqueront à l’avenir le fameux «principe de précaution» qui prévaudra dans nos lois et règlements afin d’éviter que ne se répètent des drames humains qui marquent pour longtemps l’imaginaire collectif et qui peuvent amener une perte de confiance en nos institutions.

Jean Baillargeon, expert-conseil en communication et développement stratégique