Justin Trudeau

Justin Trudeau et la banalisation de l’extrême-droite

Les politiciens ne parlent pas avec leur cœur, ont un discours trop aseptisé et ne savent pas se montrer ferme quand nécessaire. Ce n’est pas surprenant quand on voit le Premier ministre se faire reprocher d’avoir envoyé promener une personne dont les propos sentaient le racisme. Jetons le blâme sur les excès de la partisanerie et d’une rectitude politique populiste, obsédée par la morale fiscale qui interdit de dire aux gens du bon peuple qu’ils ont tort. La GRC n’a pas le droit de brasser le bon peuple, mais l’escouade antiémeute a le droit de matraquer les manifestants. Cet angélisme nivelle notre société vers le bas.

Un journaliste d’opinion a ainsi reproché au fils Trudeau de faire preuve d’arrogance, d’agressivité et de manichéisme dans un texte rempli de ces trois choses en concluant avec une référence à la loi martiale de 1970. Habitué à la redéfinition lexicale, il a même parlé de «migrants clandestins». La clandestinité, ce n’est pourtant pas se rendre directement aux autorités et remplir la paperasse.

La question était-elle inoffensive? Les migrants évoqués sont des demandeurs d’asile, mais y sont redéfinis comme des immigrants illégaux, donc des fautifs. Justin est dépeint comme le complice d’une ponction de l’argent public québécois. Une formulation peut cacher un sous-texte. Le député fédéral qui n’a rien vu de choquant doit savoir cela puisqu’il est éditeur de magazines. À moins qu’il attribue cela à de la maladresse et de l’inquiétude.

L’ennui, c’est que la dame en question n’est pas la pauvre madame ordinaire inquiète. Du moins, elle ne l’est plus, puisqu’elle est sympathisante de Storm Alliance, dont le nom correspond aux clichés du groupuscule d’extrême-droite et dont les activités correspondent aux clichés du groupuscule d’extrême-droite.

Au fait, à quel point Justin Trudeau porte-t-il personnellement la responsabilité de cet afflux migratoire particulier? Pardonnez le cliché, mais la révolution et l’indépendance américaine ont été d’une émigration au nord. Le Canada est un refuge naturel. Nous payons tout simplement la facture de l’occupation de la Maison-Blanche par une administration imprégnée par le racisme et la xénophobie. Cette lecture pourtant évidente de la situation est détournée par les mystifications des défenseurs du bon peuple aux prises avec l’anxiété politique. Or, l’anxiété se traite au contraire par la démystification. Et ainsi est banalisée l’extrême-droite.

Antoine Desgagnés
Québec