Je prie pour que l'amour reprenne sa place

Cette année ne ressemblera plus jamais aux années passées et futures. L’allégresse qui nous animait a cédé le pas à une tristesse enfouie au plus profond de nous. Ce 29 janvier, par une nuit glaciale, immaculée blanche, l’incommensurable, l’impensable, l’inimaginable, l’inconcevable s’est produit à Québec. Ville refuge, ville belle, ville calme.

Des coups de feu retentirent au milieu de la nuit! Le sifflement des balles envahit la mosquée de Sainte-Foy. Quelques minutes courtes qui achevèrent le destin de six compatriotes et anéantirent des centaines voire des milliers de personnes. Le sang a coulé. Le sang d’innocents. Six innocents : Ezzedine (Azzeddine) Soufiane, Boubaker (Aboubaker) Thabti, Ibrahima Barry, Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi, Mamadou Tanou Barry. Autant de veuves. Beaucoup d’orphelins, d’amis perdus à jamais. Autant de pleurs et de tristesse lorsque le souvenir surgit du tréfonds.

Des personnes remarquables, impliquées dans leur communauté et quand je dis communauté, c’est Québec. Québec l’enchanteresse. Québec que l’on sert tous les jours! Québec que nous embellissons! Québec que nous aimons pour l’avoir choisie. Mais Québec cimetière! Québec hôpital! Québec fleur de lys fanée!

J’ai vu la neige rougir! J’ai vu des hommes et des femmes rugir! S’égosiller en criant pourquoi. Hélas, sans réponse! Tel un poignard, cet assassinat est venu meurtrir des gens qui étaient déjà blessés par des rumeurs colportées, des gestes infondés, des regards hagards et méfiants, de l’outrecuidance démesurée. Cette foule qui est venue dire au revoir à ces héros ce jour-là a mis du baume au cœur. Mais la vie a repris son cours! Et elle doit, mais on ne doit plus jamais oublier. Pour que demain, personne n’ose au nom d’une quelconque croyance morbide, achever la vie d’innocents lâchement.

Ce climat de méfiance, de haine excessive, incontrôlée et naïve, bête et lâche, est encore là, palpable. On marche en y pensant. On ne vit plus paisiblement. Les femmes ne se dévoilent plus. Mon voisin est devenu suspicieux. Mes pas sont chancelants. Le chemin Sainte-Foy est devenu le parcours du catafalque, le chemin des ambulances et leurs sirènes. Les années se suivront, mais ne se ressembleront plus jamais. Car la haine a triomphé de l’amour. 

Cet amour du prochain que nos écrits, quelle que soit la religion, promeuvent. Cet amour qui lie les pires ennemis réconciliés. Cet amour que nous faisons nôtre. Car ce que je veux pour toi, mon frère et ma sœur, c’est ce que je veux pour moi. La haine s’est drapée du henné de la peur et de l’ignorance. Je prie pour que l’amour reprenne sa place dans les cœurs enfin apaisés. Et comme je dis, si on réveillait ceux qui sont partis, leurs cœurs seraient purs de leurs sourires et leur bonté.

Nous ne vous oublierons jamais, illustres disparus. Reposez en paix! Nous n’oublierons jamais également vos épouses, vos veuves, vos enfants vos amis vos sourires et vos rires. Nous n’oublierons pas les blessés, les traumatisés. Nous n’oublierons pas les voisins de la mosquée, des victimes. Nous n’oublierons pas ceux qui ont aidé les policiers ambulanciers ceux qui ont sauvé des vies. Ceux qui ont eu une pensée positive. Nous n’oublierons même pas nos ennemis qui maintenant se dévoilent. Que le Bon Dieu vous fasse miséricorde. Je ne vous souhaite qu’une chose! L’amour et la paix. 

Ismaila Ndiaye, Québec