Commémoration citoyenne de la tuerie de la Mosquée de Québec, le 29 janvier 2018, un an après la tragédie.

Je me souviens le 29 janvier 2017

POINT DE VUE / Mardi midi, j’ai croisé M. Boufeldja Benabdallah, un des fondateurs du Centre culturel islamique de Québec, dans un restaurant. J’ai pris un moment pour le remercier pour tout le travail qu’il faisait depuis l’attentat du 29 janvier 2017. Chaque mot prononcé par monsieur Benabdallah rayonne d’amour et de grâce : «Il faut continuer de propager l’amour parce que nous sommes une communauté.» Ses mots m’ont tellement touché que j’ai dû retenir mes larmes.

Nous sommes très choyés d’avoir une communauté musulmane à Québec. Je pense à M. Benabdallah, et aussi à Maryam Bessiri, un des organisatrices de la Commémoration de mercredi soir, qui, en tant que féministe assumée, travaille quotidiennement avec la grâce, la patience et l’espoir pour défendre le droit de toutes les femmes, et surtout celles qui portent le hijab. Je pense à tous mes amis, mes collègues et mes voisins musulmans qui apportent tous un grain de joie au quotidien et rendent la vie plus belle. 

Tout comme les propriétaires de la Kébaberie, mes voisins, qui joue avec mon bébé pour me laisser souper avec mon mari. Je suis surtout reconnaissante des deux femmes qui gardent notre fils, qui l’aiment et l’encouragent comme s’il était leur propre enfant.  Je pense aussi à Webster, notre poète lauréat de Limoilou, son discours à la soirée de la Commémoration était si émouvant que je me tenais debout en l’applaudissant. Quand je réfléchis à toutes les richesses que ces gens m’apportent dans ma vie, je suis pleine de gratitude et je me sens bénie. 

Cependant, je me souviens très bien des horreurs du 29 janvier 2017.  

« Qu’est-ce que ça veut dire, "attentat à la Grande mosquée" ? » me demande mon chum en regardant son téléphone (nous sommes tous les deux anglophones). Après une rafale d’appels téléphoniques, de textos et de messages de Facebook, nous avons fait le tour de nos proches. Heureusement, personne dans notre entourage n’a été à la Mosquée lors de cette horrible soirée. Après la poussière et la panique tombée, la sombre réalité demeurait.  

Un de nos objectifs chez Option Capitale-Nationale a toujours été de démarquer la Ville de Québec pour qu’elle soit connue sur la scène internationale, afin de faire rayonner avec fierté notre belle ville. Malheureusement le 29 janvier 2017, notre belle ville a fait la une des journaux à travers le monde, pour les plus tristes et les plus honteuses raisons.  Notre notoriété a été relancée le 15 mars 2019, quand un homme, inspiré des évènements qui se sont passés à Québec, est entré dans deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande où il a abattu 51 personnes et il a blessé 41. 

Sommes-nous fiers de cela ? 

Notre liberté d’expression, notre liberté de la religion et notre droit à la vie privé, les piliers de notre Charte des droits et libertés d’expression, tracent le chemin vers la société riche par la diversité de ses citoyens qui sont libres par la tolérance pratiquée dans chaque aspect de la vie. Nos chers droits à la vie privée et nos libertés d’expression et de religion ont été modifiés le 16 juin 2019, détournés pour plaire aux besoins électoraux des politiciens qui exploitent les craintes d’une population insécure. Le projet de loi 21, une loi digne de l’ère de Duplessis, a été adoptée sur bâillon. Notre Charte, un bijou de la Révolution tranquille, qui a été innovatrice à son adoption et est encore un monument des droits de la personne, a été profanée sous un tonnerre d’applaudissements de nos députés, élus démocratiquement.  

Sommes-nous une société juste et libre ? Est-ce que nous allons juste laisser tomber nos droits ? 

Le 27 janvier 2020 a marqué le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Les survivants ont mis l’accent sur le danger de l’indifférence : « Vous ne seriez pas indifférents », en faisant référence à l’écrivain Elie Wiesel, lauréat du prix Nobel, qui a écrit, « le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est l’indifférence ».

Je ne suis pas indifférente. Je n’ai jamais été indifférente envers l’injustice, envers la haine, envers l’intolérance. Je ne suis pas indifférente à l’attaque frontale de nos frères et sœurs musulmans et de nos droits et libertés. 

Je me souviens du 29 janvier 2017. Par respect pour toutes les victimes de cette sanglante journée, les morts, les survivants, les veuves, les orphelins et les proches, je suis les exemples de M. Benabdallah et Mme Bessiri. Je choisis de propager l’amour. Je choisis de propager la tolérance. Je choisis de propager la non-violence.  

Je refuse d’admettre que ce moment sombre va perdurer. Je refuse d’admettre que ce moment n’est plus qu’une petite tâche honteuse sur l’arc de progrès vers un avenir encore plus juste, égal, inclusif et, surtout, libre. Je refuse d’admettre que malgré l’attentat, malgré l’islamophobie déguisée en « laïcité » et malgré toute la haine banalisée que nous entendons au quotidien, que les québécoises et les québécois ont oublié comment aimer leur voisin. 

Je crois, avec chaque molécule mon être, que la société québécoise est juste et libre. L’amour et la paix prévaudront.  

Pour conclure je fais l’écho de Martin Luther King Jr., le grand Homme des droits civils dont sa vie est fêtée fin de janvier chaque année chez nos voisins du Sud : « Chacun et chacune doit décider s’il marchera à la lumière de l’altruisme créatif ou dans l’ombre de l’individualisme destructif. »

Dans cette longue marche vers un avenir plus glorieux, je vous attends avec impatience à vous joindre à mes côtés.