Iran: la vente d’organes un antidote à la pauvreté

POINT DE VUE / De nombreux Iraniens sont prêts à vendre un organe en abandonnant une partie vitale d’eux-mêmes, en échange d’argent pour faire face à la terrible situation économique dans leur pays.

L’Iran est le seul pays au monde dans lequel la vente d’organe est légale. Le régime des mollahs affirme que le système permet aux pauvres de gagner de l’argent tout en sauvant des vies et que celui-ci permet de réduire les délais d’attente. Cependant, ne nous y trompons pas, c’est la misère qui pousse hommes et femmes à monnayer leurs organes.

Un peu partout en Iran, on peut apercevoir des annonces sur des supports aussi divers que les murs de la ville, les cabines téléphoniques et même sur les autoroutes. On se souvient, en 2017, de l’histoire de cette banderole fixée sur la route de l’usine Chahar-Gonbad à Sirjan sur laquelle il était écrit «De nombreux ouvriers de l’usine de cuivre Chahar-Gonbad vendent leurs reins à cause de problèmes financiers et de la pauvreté».

À l’époque, Hossein Ali Shahriari, président de la Commission de la santé au parlement du régime iranien, avait affirmé que beaucoup de gens ne vivent qu’avec un rein. Et d’ajouter cyniquement «Je ne vois pas où est le problème dans le fait que les pauvres vendent un rein pour gagner 20 à 30 millions de tomans (6000 à 9000$)».

Deux ans après, la situation économique en Iran continue son inexorable déclin. La théocratie iranienne a conduit le pays au bord du précipice. Les différentes politiques belliqueuses cherchant à exporter sa révolution islamique dans les pays voisins ont complètement détruit l’économie du pays. Les sanctions américaines qui s’intensifient depuis quelques mois n’ont fait que précipiter les choses. La situation actuelle ne montre aucun signe d’amélioration.

De plus en plus d’Iraniens cherchent désespérément des solutions pour s’en sortir. Une solution a le vent en poupe dernièrement, la vente d’organes. Oui, certains Iraniens en sont arrivés à un point où ils sont forcés de faire des choix désespérés en vendant un organe pour survivre.

D’après le dernier rapport du CNRI, le commerce d’organe est une pratique de plus en plus courante qui touche principalement les jeunes adultes âgés de 22 à 34 ans. Dans ce rapport qui fait froid dans le dos, on apprend que les Iraniens vendent toutes sortes d’organes sur le marché noir: reins, poumons, foies, cornées, etc.

La capitale Téhéran est la plaque tournante de ce commerce et concentre un nombre élevé de sociétés œuvrant dans la vente d’organes. Une rue de la ville a même été rebaptisée «Kidney Street», en raison du grand nombre d’annonces affichées dans celle-ci. Le long de cette rue qui mène au Centre du rein Hacheminejad, on trouve de multiples annonces qui concernent tant la vente que l’achat d’organes.

À la lecture du rapport du CNRI, on y apprend que les reins se vendent entre 4540 et 9080 €. La moelle osseuse peut se vendre jusqu’à 9080 €, la cornée environ 18 150 € et le foie jusqu’à 45 400 € et que les parties du corps les plus demandées sont les reins, suivis du foie et du plasma sanguin.

De nouvelles annonces apparaissent presque tous les jours. Et derrière chaque annonce, on retrouve les mêmes situations de pauvreté et de désespoir économique. 80% des Iraniens vivent en dessous du seuil de pauvreté et le coût de la vie dans ce pays ne cesse de grimper.

Même si les centres médicaux et hôpitaux officiels organisent les transplantations et réalisent d’importants profits, les Iraniens vendent de plus en plus leur organe de manière privée, car ils sont assurés de recevoir plus d’argent que les 4600 euros établis par le tarif officiel.

On assiste donc à la multiplication des intermédiaires afin de faciliter la vente et l’achat d’organes. Les réseaux sociaux Instagram ou Périscope ainsi que les sites web spécialisés fraîchement créés regorgent d’annonces indiquant le groupe sanguin, l’état de santé, l’âge du vendeur et le numéro de téléphone à contacter.

Désormais, en Iran, c’est souvent avec un rein que l’on rembourse les dettes de la famille ou que l’on fait face aux difficultés économiques du moment. Alors que le régime iranien justifie la vente d’organes, il refuse d’admettre que c’est la corruption de sa théocratie qui a plongé les Iraniens dans la pauvreté, les obligeant à vendre leurs organes. Là où la pauvreté est endémique, les vendeurs d’organes font de bonnes affaires.