Lundi, jour d’élections, le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière annonçait sa démission.

Intrigante démission à l'UPAC

ÉDITORIAL / En décembre dernier, le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, affirmait au Soleil qu’il faudrait du solide et des faits pour le déloger de son poste. Lundi, jour d’élections, il annonçait sa démission.

Lors du dernier bilan annuel de l’UPAC, M. Lafrenière avait également soutenu qu’il quitterait ses fonctions avant la fin de son mandat en 2021, s’il se rendait compte qu’il nuit à l’UPAC.

Que s’est-il produit pour qu’il décide d’abandonner son poste le 2 novembre? Que faut-il conclure de sa décision?

Démissionner la journée des élections sans fournir les raisons de son départ précipité égratigne l’UPAC.

L’organisation est supposément indépendante. Qu’on aime ou non Robert Lafrenière, le commissaire de l’UPAC ne devrait pas juger bon de partir lorsque s’annonce l’arrivée d’un nouveau gouvernement. 

La possibilité que la Coalition avenir Québec chasse les libéraux du pouvoir a-t-elle motivé M. Lafrenière à quitter son poste avant qu’un nouveau gouvernement lui montre la porte? A-t-il préféré partir plutôt que de «subir» un débat sur la façon dont doit être choisi le prochain commissaire? La CAQ souhaite qu’il soit nommé par les deux tiers des députés de l’Assemblée nationale, ce que refusait le gouvernement Couillard. 

Le commissaire Lafrenière aura étonné tout au long de son mandat à la tête de l’UPAC, créée en 2011 par le gouvernement de Jean Charest.

Tout en clamant son indépendance et en soutenant qu’il n’avait rien à cirer de l’agenda politique, le commissaire a posé des gestes à des moments où l’attention médiatique et publique était portée vers le politique : la présentation d’un budget ou la tenue d’élections générales. Il quitte cette fois sans explication, laissant place ainsi à toutes les suppositions.

Ce n’est pas très sain. L’UPAC fait déjà l’objet de suspicions. Certains critiquent ses méthodes. D’autres lui reprochent ses maigres résultats dans les hautes sphères politiques. Le climat de travail y serait aussi difficile.

Il n’est certainement pas facile d’être le premier commissaire à l’UPAC. Le gouvernement Charest avait inventé cette créature pour éviter la mise sur pied d’une commission d’enquête sur l’octroi des contrats publics dans l’industrie de la construction.

Force est de constater que les façons de faire de M. Lafrenière ont souvent donné prise aux critiques.

L’arrestation de l’ancienne ministre libérale Nathalie Normandeau et de Marc-Yvan Côté le jour de la présentation du budget a été vue comme une tactique de sa part pour forcer le gouvernement Couillard à renouveler son mandat. 

L’arrestation du député libéral Guy Ouellet a aussi soulevé des doutes. Le député Ouellet était aussi président de la commission parlementaire chargée d’étudier un projet de loi touchant l’UPAC. Les deux hommes n’étaient pas sur la même longueur d’onde.

L’UPAC a utilisé l’an dernier un «appât» pour arrêter Ouellet qu’elle soupçonnait d’avoir participé à des fuites de documents. Vendredi, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a cassé le mandat de perquisition. Réélu lundi, le député Ouellet pourra retrouver d’ici 30 jours son cellulaire de fonction et son ordinateur portable saisis il y a un an.

L’UPAC devra s’y prendre autrement pour trouver «le bandit» à l’origine des fuites de documents liés à l’opération Mâchurer impliquant l’ancien premier ministre Jean Charest et l’argentier du Parti libéral, Marc Bibeau. 

Rappelons que M.Lafrenière se disait convaincu qu’il y aurait des accusations et des «bracelets» dans ce dossier. Ce n’est toujours pas le cas. Les attentes à l’égard de l’UPAC ne seront pas moindres avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement et d’un nouveau commissaire.