Photo prise à Beauceville
Photo prise à Beauceville

Inondations: vue de géographes

POINT DE VUE / Les géographes, à l’aide des SIG (Systèmes d’Information géographiques), de la télédétection satellitaire et aéroportée ainsi que les géomaticiens possèdent, depuis des dizaines d’années, les outils et les méthodes pour élaborer des modèles de terrain altimétriques. Ils peuvent établir des scénarios cartographiques de zones inondables.

Encore plus, quand leurs études se combinent à celles d’autres professionnels comme les hydrologues et les climatologues, elles peuvent décrire le comment, le pourquoi et les effets des phénomènes. Et même établir des modèles prévisionnels. Dans les cas qui nous intéressent, ajoutons l’historique des inondations depuis que l’on prend en note l’étendue des évènements survenus dans le passé.

Les inondations printanières au Québec constituent plus un problème de société qu’un phénomène lié à des causes naturelles. En effet, la crue des eaux au Québec fait partie de notre héritage environnemental. Il y en a toujours eu et, aujourd’hui, les crues sont sans doute plus amplifiées par les modes croissants d’utilisation du sol des bassins versants que par les changements climatiques.

Les dégâts causés sur l’espace habité par les inondations concernent davantage l’aspect politique des choses que le côté scientifique. Pourquoi a-t-on permis la construction sur des terres susceptibles d’être ennoyées? Qui en a donné la permission? Cela fait plus que friser l’aveuglement!

Les populations touchées par la crue des eaux sont des «victimes». Victimes d’un laisser-aller. Nous savons personnellement que les organisations municipales et gouvernementales possèdent des professionnels compétents pour gérer ces questions. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir formé dans nos universités et collèges. Mais, ils sont souvent impuissants devant les décisions autant des conseils municipaux et des MRC que de nos gouvernements.

De plus, il n’est pas difficile de résumer les principales causes des inondations. En effet, le déboisement des massifs forestiers des bassins hydrographiques, l’extension des terres agricoles par drainage et assèchement des zones humides, la disparition des tourbières, l’amincissement des bandes riveraines de végétation et l’accroissement du tissu urbain (routes, bâtiments, infrastructures, etc.) sont autant d’actions qui viennent chambouler les systèmes hydrographiques de régulation de l’écoulement des eaux. Également, la gestion de plus en plus complexe des ouvrages de retenue, des digues, des barrages et des centrales hydroélectriques tant publiques, industrielles que municipales vient ajouter d’autres paramètres de contrôle artificiel des eaux de fonte des bassins versants du fleuve Saint-Laurent.

Ajoutons à cela la modification complète de la fonte normale printanière des couverts de neige sur les terres forestières et agricoles. Elles n’ont plus le temps de dégeler avant le ruissellement; le couvert forestier, temporisateur, ne joue plus son rôle et les sols n’absorbent plus l’eau de fonte. Le tout est généralement suivi par des feux de forêt en partie associés aux sols qui s’assèchent très rapidement en début d’été.

Voilà en quelques mots des réflexions qui devraient permettre aux intéressés de poursuivre les analyses et surtout d’agir selon le bon sens.