La riviere Beaurivage est sortie de son lit lundi, forçant l’évacuation de nombreuses résidences du secteur.

Inondations: allons à la source du problème

Les risques d’inondations au Québec ne sont pas prêts de diminuer, ni les coûts faramineux qui les accompagnent, lourd fardeau autant pour nos fonds publics que nos biens individuels. Les pluies de plus en plus torrentielles, de plus en plus fréquentes, y compris même en hiver, provoquent des dégâts que, d’année en année, il nous faudra réparer. Les millions pour dédommager les victimes vont continuer à augmenter si nous ne cherchons pas à comprendre les causes de ces inondations si dommageables.

Bien sûr, il y a les changements climatiques sur lesquels nous ne pouvons localement que bien peu influencer, le phénomène étant planétaire. Mais il nous faut regarder aussi les nombreuses modifications que nous avons causées au drainage des eaux de notre territoire: ça ne joue certainement pas un rôle négligeable.

Il faut toujours se rappeler que la rivière que l’on voit devant nous n’est que le résultat de milliers de petits et moyens cours d’eau qui se déversent dedans. C’est ce qui s’appelle le bassin versant: il rassemble tous les tributaires qui alimentent ladite rivière. Lorsque nous cherchons des solutions pour réduire les risques d’inondation, nous négligeons souvent le fait que, depuis plus d’un demi-siècle, nous avons développé un immense réseau de fossés et de drains souterrains qui s’écoulent rapidement dans ces tributaires. Conséquence immédiate: ce réseau artificiel a grandement amplifié la quantité et la vitesse d’écoulement des eaux de pluie ou de fonte des neiges. Faites le total des fossés routiers, agricoles, forestiers et vous constaterez que le kilométrage de ces canaux d’évacuation des eaux de ruissellement va jusqu’à doubler la longueur des cours d’eau que la Nature avait conçus au départ!

De plus, l’érosion très active qui a lieu dans ces fossés non protégés par de la végétation – il faut bien les nettoyer! – apporte une quantité imposante de sédiments dans nos rivières. Ces particules de sol finissent par réduire l’espace d’écoulement naturel que ces rivières avaient au départ. Au final, nos rivières au volume réduit par ces sédiments reçoivent plus d’eau et plus vite que ce pour quoi elles étaient créées et en un temps. Alors LA question: ne pouvons-nous pas agir pour contrecarrer cette augmentation de quantité et de vitesse d’écoulement des eaux que nos aménagements de drainage des terres et des infrastructures routières ont créée? 

La réponse est claire: bien sûr!

Notre organisme coopératif de protection de l’eau, le RAPPEL, a conçu depuis plus de 15 ans de multiples techniques de stabilisation de fossés qui gardent les sédiments en place et assurent un écoulement plus régulier dans ces fossés. Elles sont simples à appliquer, en général peu coûteuses et, suite aux nombreuses formations que nous donnons depuis six ans, elles commencent à être mieux connues. Nous nous proposons donc de suggérer à nos gestionnaires du territoire locaux, régionaux et provinciaux de mettre dès maintenant sur pied un programme national de réduction des risques d’inondation en intervenant au tout début de l’écoulement de l’eau, soit à la tête des bassins versants puis progressivement jusqu’à son déversement dans la rivière. 

Intervenir dans le bas pour réparer les dégâts, c’est urgent, mais aller plus haut empêcherait la facture d’augmenter démesurément d’année en année.

Jean-Claude Thibault, président de la coopérative de protection de l’eau, le RAPPEL