L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec réclame depuis 2012 que la formation universitaire devienne obligatoire afin de mieux combler les besoins en santé.

Infirmières: toujours l’attente

ÉDITORIAL / Lorsqu’il s’agit de la formation des infirmières, Québec est peu préoccupé de la comparaison avec les autres provinces et de ce qui les a motivées à exiger un baccalauréat pour accéder à la profession. L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec réclame depuis 2012 que la formation universitaire devienne obligatoire afin de mieux combler les besoins en santé. Qu’attend le gouvernement?

Il a en main depuis 2014 le rapport d’un Groupe de travail sur la formation de la relève infirmière. Que disait le président de ce groupe, le Dr Pierre Durand, du souhait de l’Ordre, mais aussi de la défunte Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, voulant que le baccalauréat ou le DEC-BAC (trois années de cégep et deux ans d’université) devienne obligatoire? «Ce rehaussement nous apparaît comme un incontournable pour répondre aux besoins évolutifs de la population et pour améliorer la performance du système de santé québécois».

Au Québec, en 2017, 42 % des infirmières détiennent un baccalauréat. Cette proportion est déjà dépassée ailleurs au pays. En 2015, le taux canadien d’infirmières bachelières variait entre 51,3 et 99,2 %. 

Le gouvernement péquiste et son ministre Réjean Hébert n’ont pas osé trancher en 2014. Ils ont ajouté une étape : la réalisation d’une étude sectorielle prospective en soins infirmiers.

Un exercice maintenu par les libéraux, mais quatre ans plus tard, difficile de savoir où en est l’étude coordonnée par le ministère de l’Enseignement supérieur en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, et quelle orientation préconise le gouvernement. La Santé nous renvoie au ministère de l’Enseignement supérieur qui lui, n’a pas retourné notre appel. 

Le ras-le-bol exposé ces dernières semaines par les infirmières du Québec a incité des universitaires en sciences infirmières de Laval, Sherbrooke, McGill, Montréal et du réseau de l’Université du Québec à relancer le débat sur la formation de la relève dans des lettres d’opinion publiées dans les médias. 

Ils rappellent que l’étude entamée en 2015 «devait nous éclairer sur la suite des choses, mais les résultats tardent à venir et la situation stagne». Pour eux, le rehaussement de la formation des infirmières constitue «une solution à certaines difficultés» de notre réseau de santé. 

Ils notent que la profession infirmière est celle qui s’est le plus développée au cours des 10 dernières années- avec notamment l’élargissement du champ de pratique prévu aux lois 90, 21 et 10- mais au sein de laquelle l’écart entre la formation et l’étendue possible de la pratique est le plus grand.

Le réseau collégial n’a pas à rougir du travail qu’il réalise et sa contribution est nécessaire pour rehausser le niveau de formation. Mais, si le Québec veut, dans un objectif d’économies et d’accessibilité accrue, que les malades chroniques reçoivent plus de soins dans la communauté plutôt qu’à l’hôpital et par un médecin, s’il souhaite que les personnes souffrant de maladies mentales trouvent aussi rapidement dans la communauté des services, plus d’infirmières bachelières formées à cet effet sont nécessaires. Si le Québec mise sur des professionnels de la santé qui travaillent davantage en interdisciplinarité, les infirmières doivent pouvoir exploiter tout leur champ de pratique. 

On l’a vu récemment avec les infirmières praticiennes spécialisées, et précédemment avec les sages-femmes, le Québec tarde toujours à recourir à l’expertise d’autres professionnels pour délester les médecins de certaines charges afin que ces derniers se concentrent sur les soins plus aigus. Le Québec n’a pourtant pas à être distinct en tout.