Un rapport du Vérificateur général du Québec publié en mai dernier mentionnait que les temps d’attente en IRM dépassaient 90 jours dans 6 % des cas et que 39 % des opérations en oncologie excédaient la cible fixée à 26 jours par le ministère de la Santé.

Imagerie médicale: et si Ottawa avait raison?

Il y a plusieurs années, un ami a reçu un diagnostic de cancer au cerveau. Son neurochirurgien lui a alors mentionné qu’avant d’effectuer la chirurgie, il devait passer une imagerie de résonnance magnétique (IRM). Deux choix s’offraient à lui : s’inscrire sur la liste d’attente de l’hôpital avec un délai d’au moins six mois, ou aller dans une clinique privée avec un délai de 48h et un coût de 700 $. La décision fut vite prise. On ne badine pas avec un cancer au cerveau et on met toutes les chances de son côté!

Pourtant, le ministère de la Santé est moins «préoccupé» en pareille situation. Un rapport du Vérificateur général du Québec publié en mai dernier mentionnait notamment que les temps d’attente en IRM dépassaient 90 jours dans 6 % des cas et que 39 % des opérations en oncologie excédaient la cible fixée à 26 jours par le Ministère. Ajoutons à cela un soupçon du VG à l’effet que les données ne seraient pas fiables, i.e. qu’elles seraient enjolivées. On comprend alors pourquoi 20 % des gens se dirigent vers le privé pour une IRM et en assument les coûts, tout comme mon ami à l’époque.

C’est dans ce contexte qu’est intervenue la ministre fédérale de la Santé pour dénoncer l’absence d’accès gratuit et universel à de tels examens pourtant indispensables. Cela en contravention de la Loi canadienne sur la santé. La ministre refuse que des malades se substituent, même volontairement, aux instances provinciales pour mieux réitérer à ces dernières que c’est leur responsabilité d’offrir gratuitement ces soins dans des délais raisonnables.

L’intervention de la ministre n’est pas une attaque contre le privé. Celle-ci mentionne que «la Loi canadienne sur la santé n’empêche pas la prestation privée de services assurés… tant qu’il n’y a pas de frais imposés aux patients».

Certains arguent que les hôpitaux ne suffisent pas à la tâche et que l’on doit laisser le privé suppléer. Soit! Mais qu’est-ce qui empêche notre ministère de la Santé de simplement accréditer des cliniques à un prix convenu et d’assumer la facture au lieu de la laisser aux patients? Les listes d’attente seraient alors rapidement allégées, les coûts seraient probablement moindres qu’à l’hôpital, la loi serait respectée, etc. On nous dit souvent, surtout en campagne électorale, que le patient est au cœur du système. Non, c’est le budget!

En toile de fond plane toujours la place du privé en regard du public. Il faut peut-être rappeler que nos 20 000 médecins québécois sont des entrepreneurs dont beaucoup sont incorporés! À noter aussi que dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, au moins 30 % des hôpitaux sont de propriété privée, mais le gouvernement assume le coût des traitements comme pour le public. Avec un taux de satisfaction très élevé!

À la suite de la lettre du fédéral, Québec a crié à l’ingérence. Peut-être un peu pour détourner l’attention sur le fond du problème : les malades ne reçoivent pas tous les soins qu’ils sont en droit d’attendre dans des délais raisonnables. Soins souvent payés à l’avance par nos impôts et nos taxes et qui doivent être prodigués en vertu de la Loi.

Si tous ceux qui sont dans la situation de mon ami décidaient de réclamer à la Cour des petites créances le coût de leur IRM, ce serait intéressant de voir quel serait le jugement des tribunaux. Après tout, il a fallu l’intervention de la Cour suprême, avec l’arrêt Jordan, pour obtenir la tenue de procès dans des délais raisonnables!

Guy Gagné, ex-membre du conseil d’administration d’un centre hospitalier