En matière d’accès aux examens diagnostiques, la question n’est pas seulement de savoir qui doit payer quoi, du fédéral, du provincial ou des patients, mais bien quel examen est réellement un examen médicalement nécessaire, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Imagerie à deux vitesses: le fédéral rate la cible

Le fédéral veut s’assurer que tous les patients aient un accès équitable aux examens diagnostiques. Qui pourrait l’en blâmer? En revanche, c’est une erreur d’en faire uniquement un enjeu de financement.

En matière d’accès aux examens diagnostiques, la question n’est pas seulement de savoir qui doit payer quoi, du fédéral, du provincial ou des patients, mais bien quel examen est réellement un examen médicalement nécessaire.

Si l’on veut que les patients n’aient pas besoin de payer pour faire des examens diagnostiques, il faut réduire le surdiagnostic et la surutilisation des services de santé. Actuellement, jusqu’à 30 % des examens d’imagerie sont non nécessaires, rapportait l’Institut canadien d’information sur la santé en 2017. Et ce chiffre montera en flèche dès que l’on remboursera les examens diagnostiques faits au privé.

Vous en doutez? C’est pourtant exactement ce qui s’est passé lorsque Québec a commencé à rembourser les échographies sans imposer dans le même temps de renforcer la pertinence des examens demandés.

Dès la mise en place de la nouvelle réglementation, le nombre d’échographies a explosé et les listes d’attente sont devenues la norme!

Une question de pertinence

Les Québécois et les Canadiens sont fiers, à juste titre, d’avoir mis en place des régimes de santé universels. Grâce à ce type de système, reconnu comme le plus juste et le plus efficace, tout acte médicalement nécessaire doit être couvert par le régime public. Mais il n’y a actuellement pas de moyens pour s’assurer que l’on accorde la priorité aux examens réellement nécessaires. Et cela doit changer. Dans sa réponse à l’ultimatum fédéral, la ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Mme Danielle McCann, doit en tenir compte.

Le fédéral, comme le provincial, doit en effet s’assurer que l’argent public est utilisé de façon pertinente. Cela ne peut se faire que si les deux ordres de gouvernement font en sorte que les services remboursés sont médicalement nécessaires — et pertinents. C’est dans cet esprit que la Loi canadienne sur la santé a été écrite.

Aujourd’hui, les examens demandés ne sont pas toujours pertinents et cela met en danger la pérennité de notre système public de santé. Par exemple, bien qu’il puisse être intéressant d’obtenir une résonnance magnétique pour savoir si une lombalgie est due à de l’arthrose ou à des disques usés, cela ne change rien au traitement. Cet examen d’imagerie n’est pas pertinent puisqu’il n’améliorera pas la santé du patient. 

Alors, oui, il faut couvrir ce qui est médicalement nécessaire, mais seulement ce qui est médicalement nécessaire!

Dr Hugo Viens, président de l’Association médicale du Québec