Il faut sortir le salon de jeux de Vanier

Avec le jeu, c’est le pauvre qui se retrouve le plus taxé. Car toutes les études démontrent que le pauvre, peu instruit et croyant naïvement au gain magique, est le plus grand consommateur de jeux de hasard.

Les salons de jeux installés en milieu de pauvreté nuisent à l’épanouissement des citoyens. Au niveau des valeurs, ces salons promeuvent l’égoïsme et le culte de l’argent. Ils favorisent le développement de superstitions tout en dévalorisant l’esprit de logique et de modération. Au niveau physique, ils contribuent à la mauvaise santé du joueur qui se retrouve assis des heures et des heures devant une machine.

Dans ces salons de jeux, un guichet automatique n’est jamais très loin. Souvent même, il est adjacent à la machine. Le joueur n’a qu’à étirer les bras pour vider son compte de banque. Si Loto-Québec voulait vraiment faire quelque chose pour ces joueurs, elle pourrait commencer par enlever ces guichets à proximité des machines.

Dans son livre Rien ne va plus (p.53-54), l’ex-joueur Raynald Beaupré raconte qu’il n’aimait pas aller jouer le premier week-end du mois. C’est le week-end où les bénéficiaires de l’aide sociale se pointent pour y jouer leur chèque. L’achalandage aux machines est alors très élevé. Au bout de quelques jours toutefois, cette foule avait disparu, la plupart des prestataires du bien-être social ayant perdu tout l’argent qu’ils avaient reçu du gouvernement.

Dans les machines de loterie vidéo, tout est conçu pour créer de la dépendance, notamment en réussissant à donner l’impression à l’utilisateur qu’il a un certain contrôle sur le hasard.

Au chapitre familial, on a noté chez ceux qui fréquentent ces salons de jeux un taux élevé de divorcés, de même que plusieurs cas de dépressions chez les conjoints ou conjointes. De plus, comme la vie familiale est perturbée, on dénombre de nombreux échecs scolaires chez les enfants des joueurs.

Dans les cas où le joueur se suicide, les répercussions à court, moyen et long terme de cet évènement sont terribles tant au point de vue psychologique que financier pour tous les membres de la famille.

Bien qu’en général très actif et travaillant, le joueur fréquentant ces salons deviendra vite moins productif à son travail. On dénombre notamment parmi les crimes associés au jeu, des détournements de fonds, de la contrefaçon de chèques, des faux dépôts, des vols d’amis, de parents ou de collègues de travail, de la fraude envers les compagnies d’assurance, des fraudes fiscales, des vols de carte de crédit et, finalement, dans certains cas, des vols à main armée.

De plus, les joueurs sauront étirer au maximum l’élastique de leur crédit avant de tomber dans les pattes d’un des nombreux prêteurs sur gages. Selon les statistiques, au moins un joueur sur cinq fera appel à l’un de ces prêteurs à taux usuraires.

Non vraiment, nous n’avons pas besoin d’un salon de jeux à Vanier!

Pierre Desjardins, philosophe et auteur du Livre noir de Loto-Québec
Montréal