Diverses institutions se sont désengagées du secteur des combustibles fossiles : l’Université Laval, le Mouvement Desjardins et la Caisse de dépôt et placement, entre autres.

Il faut cesser d’investir dans les combustibles fossiles

En novembre dernier, plus de 15 000 scientifiques issus de 184 pays ont lancé un cri d’alarme quant à l’état précaire de la planète, déplorant l’insuffisance des efforts déployés par l’humanité pour limiter la croissance des gaz à effet de serre (GES) et freiner la pollution, la déforestation et la perte de biodiversité. «Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse», disaient-ils.

Au lendemain de la Conférence de Paris sur les changements climatiques (COP21), en 2015, plusieurs s’attendaient à ce que les signataires de cet accord mettent en place de mesures audacieuses, sinon radicales, afin de réduire, d’ici 2050, de 40 % à 70 % les émissions de GES, par rapport à leur niveau de 1990. Or, selon l’écologiste montréalais Dimitrios Roussopoulos, «les pays [signataires] n’ont offert aucun plan qui permettrait de s’approcher un tant soit peu de cet objectif» («L’écologie politique», Écosociété, 2018, p. 120). Pis encore, ajoute-t-il, «on construit aujourd’hui des infrastructures pour des centrales alimentées aux énergies fossiles, des raffineries, des mines et des pipelines qui devraient fonctionner bien au-delà de 2050».

Véritables cancres en la matière, le Canada et le Québec ne font pas exception à cette tendance générale : le gouvernement Trudeau appuie de toutes ses forces la construction d’oléoducs; celui de Philippe Couillard soutient quant à lui la croissance du secteur des hydrocarbures à hauteur de 300 millions $ par an, a-t-on récemment appris dans un rapport publié par Équiterre.

Au cours des dernières années, diverses voix ont plaidé en faveur d’un changement de paradigme : l’heure n’est plus aux micro-mesures d’atténuation des GES; il faut plutôt en finir avec un modèle économique reposant sur la production et la consommation de combustibles fossiles. Devant l’incohérence des choix politiques et fiscaux de nos gouvernements (pourtant signataires des accords de Kyoto et de Paris), et devant l’urgence d’agir, divers mouvements citoyens militent pour le désinvestissement. L’argent étant le nerf de la guerre, ces citoyennes et citoyens exercent des pressions sur les institutions financières, les fonds communs et les caisses de retraite, entre autres, afin qu’ils cessent d’investir dans l’industrie des énergies fossiles. 

Loin d’être utopiques, ces campagnes commencent à porter leurs fruits. Interpellées en ce sens par le pape François dans son encyclique écologique Laudato si’, une quarantaine d’organisations catholiques ont retiré de leurs portefeuilles près de cinq mille milliards de dollars d’actifs qu’ils possédaient dans le secteur des hydrocarbures. En janvier dernier, les gestionnaires des caisses de retraite des employés de la Ville de New York se sont engagés à retirer leurs placements (d’une valeur de 5 milliards $) des secteurs des combustibles fossiles.

En février, la Caisse de dépôt et placement s’est également engagée sur la voie du désinvestissement, promettant de réduire de 25 % ses actifs dans les hydrocarbures d’ici 2025. Diverses institutions québécoises ont emboîté le pas : pensons ici à l’Université Laval et au Mouvement Desjardins, par le biais de son fonds SociéTerre. Encore que ce soit à géométrie très variable : l’Université Laval n’a pas précisé de quelle manière elle entend s’y prendre pour retirer ses actifs du secteur des hydrocarbures; tandis que Desjardins refuse d’annuler le prêt accordé récemment à Kinder Morgan dans le cadre de son projet d’élargissement d’oléoduc Trans Mountain, en Colombie-Britannique.

Les célébrations du Jour de la Terre doivent être l’occasion de réfléchir sérieusement aux tenants et aboutissants du désinvestissement, mais aussi de maintenir la pression sur les gestionnaires de fonds privés et publics afin de rendre possible cette rupture avec un modèle économique destructeur de l’environnement.

Frédéric Barriault et Bernard Hudon, Centre justice et foi