Craignant que le gel au sol n’endommage les artéfacts, les archéologues ont rapidement commencé à les extraire du chantier pour les envoyer à l’abri des intempéries.

Halte à la délocalisation du rempart palissadé de Beaucours!

Comme tout le monde, j’apprends la découverte du rempart palissadé de Beaucours dont la construction a été commandée par Frontenac en 1693 pour protéger Québec des attaques de la marine anglaise. Quelle formidable trouvaille! Il s’agit d’un élément exceptionnel de notre patrimoine qui contribue à justifier la reconnaissance du Vieux-Québec comme arrondissement historique.

Mais alors, je ne comprends pas pourquoi il faut absolument retirer ce vestige de son site d’origine, pourquoi il faut le détruire, pourquoi il faut priver les générations futures du plaisir de le redécouvrir dans son site originel et de s’en émerveiller comme nous le faisons aujourd’hui?

Quel intérêt y a-t-il à défaire ce vestige, à le dénaturer, à l’abîmer? De toute évidence, il sera impossible de le sortir de là, de le sécher, de l’entreposer sans l’abîmer, même en y mettant des gants blancs. Pourquoi ne pas exiger plutôt que le projet de condos en cours sur le site soit revu pour tenir compte de cette découverte importante et, si technologiquement possible, si pertinent, d’intégrer cet artefact au projet comme l’ont si bien fait les propriétaires de l’Auberge Saint-Antoine? Il ne s’agit pas d’une chaloupe, d’un outil ou d’une vaisselle qu’on peut extraire d’un site pour le restaurer et l’exposer dans un musée sans lui faire perdre son authenticité, sa signification, sa valeur. On dira que c’est du bois et que le bois est difficile à conserver. Certes, mais alors il faut documenter le vestige et sans doute tout enfouir à nouveau. Les générations futures auront peut-être les moyens de faire mieux que nous.

Ce témoin de la naissance de Québec et des enjeux de l’époque est plus important que le projet de condos qui a permis qu’il soit mis au jour. À défaut d’une entente avec le propriétaire du terrain, il faudra sans doute songer à une expropriation de la partie du site qui est concernée. Il s’agit d’un bien public.

Ce serait à mon avis un sacrilège de sortir ce vestige de son site naturel. Sa découverte nous rappelle les raisons qui ont justifié que Québec, ville fortifiée, soit inscrite au patrimoine mondial. Partie intégrante du Vieux-Québec, il nourrit la mémoire du monde. Extrait de son site, il n’a plus de sens, plus d’intérêt. C’est notre engagement devant la communauté internationale à protéger ce patrimoine pour toujours et dans les meilleures conditions qui est ici en cause.

Madame la ministre de la Culture et des Communications qui êtes responsable de ce vestige, SVP, laissez aux générations futures le plaisir que nous avons nous-mêmes aujourd’hui d’en apprécier toute la charge émotive en le laissant reposer là où il a été trouvé.

Michel Bonnette, urbaniste, ex-directeur, Division du Vieux-Québec, Ville de Québec