Aux États-Unis, Google et Facebook à eux seuls sont la principale source d’information pour 70 % des citoyens, selon un article de «Rolling Stone».

Google-Facebook: la fête est finie

ÉDITORIAL / «L’époque où ces conduits pouvaient être considérés comme neutre est révolue.» Vous n’avez probablement pas entendu parler de cette citation récente d’un sénateur (Ron Wyden, Oregon), mais elle annonce un revirement du cadre légal à l’intérieur duquel les réseaux sociaux fonctionnent.

Ron Wyden est l’auteur d’une clause, l’article 230 de la Communications Decency Act, adoptée en 1996, qui protège les fournisseurs de «services interactifs numériques» contre toute responsabilité légale pour le contenu produit par leurs utilisateurs. Les «conduits» dont il parle, ce sont donc les compagnies comme Facebook, Twitter, YouTube, à travers lesquels une majorité de la population s’informe. 

«L’idée était de leur fournir un bouclier et une épée. Mais l’épée n’a jamais été utilisée», a expliqué le sénateur. M. Wyden participait à un comité sénatorial sur les campagnes de désinformation menées par des puissances étrangères, la Russie au premier chef. Mais le problème est beaucoup plus large. 

Le patron de Facebook en a donné un aperçu lorsqu’il a déclaré en entrevue, le mois dernier, que son réseau ne bannirait pas les comptes de néonazis, ou de gens qui nient l’holocauste, ou d’un réseau comme Infowars qui propage des théories mensongères de complots. Cela irait contre le principe de «donner une voix aux gens», a-t-il expliqué. 

Sa position est absurde, car elle repose sur une fausse équivalence de contenus, comme s’il n’existait aucune limite. Et Facebook vient d’ailleurs d’expulser Infowars. La prétendue neutralité des réseaux à laquelle aspire Mark Zuckerberg est en réalité un piège à partir du moment où la logique même des filtres et algorithmes créés par ces mêmes réseaux est d’amplifier les contenus incendiaires ou mensongers. 

Ces mécanismes qu’ils ont créés visaient à augmenter leur portée et leurs utilisateurs, mais ils se sont retournés contre nous. Ils n’ont peut-être pas créé la polarisation de l’opinion à laquelle on assiste, mais ils lui ont donné le souffle dont elle avait besoin. 

Aux États-Unis, Google et Facebook à eux seuls sont la principale source d’information pour 70 % des citoyens, selon un article de Rolling Stone. Un pouvoir aussi grand constitue un risque énorme s’il n’est pas accompagné de mécanismes efficaces de contrôle. Et pour l’instant, ils sont à peu près inexistants, tant aux États-Unis qu’au Canada, contrairement à l’Europe.

Quatre compagnies, Apple, YouTube, Spotify et Facebook, viennent de bannir la tête d’affiche d’Infowars, Alex Jones, de leurs services. L’application d’Infowars est encore distribuée par Apple et certaines pages ont survécu, mais c’est la première fois que ces réseaux prennent une telle mesure envers un personnage aussi populaire. Jones comptait 2,4 millions d’abonnés sur YouTube et 1,6 million sur Facebook. 

Les quatre expulsions sont survenues pratiquement en même temps, à quelques jours sinon quelques heures d’intervalle. C’est un signe que ces entreprises réagissaient avant tout à la pression qui s’exerce sur elles de la part du public. 

D’autres leur reprochent au contraire d’exercer une forme de censure, mais des entreprises qui sont se sont assuré le monopole sur les communications et l’information pour des milliards d’utilisateurs ont acquis ce statut de toute façon. Leurs algorithmes exercent une censure de facto. La seule façon de briser cette hégémonie, c’est d’instituer des règles, et de se donner les moyens de s’assurer qu’elles soient respectées. 

La prétendue neutralité des réseaux sociaux est en réalité un piège