Glyphosate: nos objections

En réaction au texte «Glyphosate : on a les fantômes qu’on peut», de Jean-François Cliche, paru le 14 novembre

Ce texte contient quelques erreurs factuelles que nous aimerions rectifier. Contrairement à ce qui est évoqué en première ligne du billet de M. Cliche, la pétition demandant notamment l’annulation de la réhomologation du glyphosate est uniquement l’initiative d’Équiterre, non pas une action conjointe avec la Fondation David Suzuki. Ce que la Fondation a fait, c’est demander une réévaluation sur la base d’une analyse scientifique rigoureuse.

Rappelons les faits : la Fondation David Suzuki, Équiterre, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, Environmental Defence et Prevent Cancer Now ont effectivement envoyé une lettre à la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor le 29 octobre par voie de nos avocats chez Ecojustice, la plus grande firme caritative de droit environnemental au Canada, que le journaliste Cliche qualifie de «bannière».

Cette lettre expliquait que dans sa décision sur la réhomologation du glyphosate, l’Agence de réglementation sur la lutte antiparasitaire (ARLA) avait cité des études rédigées par des prête-plumes, une faute grave en recherche, comme Cliche le souligne à juste titre. Mais cette lettre rappelait aussi à la ministre qu’elle avait omis de répondre à nos avis d’objection soumis le 26 juin et le 24 juillet 2017 exigeant la mise sur pied d’une commission d’examen conformément à l’article 35 de la Loi sur les produits antiparasitaires.

Plusieurs arguments scientifiques étaient évoqués dans ces avis d’objection, dont l’omission par l’ARLA de tenir compte de preuves suggérant un possible lien entre le déclin du papillon monarque et des plantes d’asclépiades potentiellement lié à une abondante utilisation du glyphosate en milieu agricole; certains effets du glyphosate sur la santé, notamment le cancer; et les effets du glyphosate sur la santé des sols.

De plus, les signataires ont souligné de graves lacunes dans les stratégies de gestion des risques dans la décision de l’homologation du glyphosate, notamment l’inefficacité des bandes tampons riveraines dans la protection des milieux aqueux, la persistance du glyphosate dans l’environnement et le potentiel de contamination des nappes phréatiques ainsi que l’inefficacité de l’étiquetage dans la gestion des risques.

Les inquiétudes soulevées par les «Monsanto Papers» ne sont donc qu’un argument de plus dans une longue liste de récriminations à l’endroit de la décision de l’ARLA visant à attirer l’attention de la ministre qui a l’obligation de répondre aux avis d’objection dans des délais raisonnables, et ce, malgré 71 semaines d’attente.

Louise Hénault-Ethier, chef de projets scientifiques, Fondation David Suzuki