Les garderies privées non subventionnées ont connu une croissance phénoménale sous les libéraux.

Garderies: un peu d’ordre

ÉDITORIAL / Les garderies privées non subventionnées sont un «modèle d’affaires» intéressant, une «forme d’entrepreneuriat que nous, on souhaite soutenir» a déclaré lundi la nouvelle députée vedette de la CAQ, Geneviève Guilbault. Mais ce type de services de garde est-il le meilleur pour le développement des petits Québécois? C’est «la» question que la Coalition avenir Québec, sa porte-parole en matière de famille de surcroît, devrait d’abord se poser.

L’Institut de la statistique du Québec a déjà fait l’exercice. Il n’a pas évalué si les garderies privées non subventionnées s’avéraient un bon modèle d’affaires. Il s’est plutôt penché sur la qualité des services reçus dans différents types de garderie au Québec.

Lorsque l’État débourse plus de 2 milliards $ par an pour subventionner des services de garde et plus de 500 millions$ en crédits d’impôt aux parents dont les enfants ne fréquentent pas des CPE (centre de la petite enfance) ou des garderies privées subventionnées, il faut savoir si les fonds publics sont dépensés à bon escient, si les sommes investies dans les services à la petite enfance donnent les résultats escomptés.

La conclusion de l’enquête de l’Institut de la statistique : les centres de la petite enfance affichent une qualité supérieure à celle des garderies privées. D’autres études vont dans le sens. Le modèle des CPE favorise davantage l’égalité des chances et le développement des enfants. 

Rappelons aussi quelques données sur la formation du personnel dans les différents types de garderies. Dans les garderies privées non subventionnées, seulement 44 % du personnel est qualifié, comparativement à 72 % dans celles qui reçoivent des subventions de l’État et 82 % dans les CPE.

Pourquoi ne pas tabler sur ce qui est le plus positif, combler les lacunes observées dans les centres de la petite enfance (et il y en a, notamment mieux desservir les parents qui ont des horaires atypiques), au lieu de soutenir un modèle qui n’a pas jusqu’à maintenant fait ses preuves?

Il faudrait cesser de faire croire que tous les types de garderies sont de même valeur. Qu’un CPE est «une bonne chose» et que la garderie voisine qui a un but lucratif et dont le personnel est peu qualifié est un modèle à soutenir.

Mme Guilbault vient d’être élue députée dans Louis-Hébert. Elle a su dimanche qu’elle serait porte-parole en matière de famille. Soyons indulgents. Mais que son chef, François Legault, se dise satisfait du réseau comme il est actuellement et que sa principale préoccupation semble la tarification est plutôt préoccupant et décevant.

D’autant plus de la part d’un homme qui a occupé la fonction de ministre de l’Éducation. Il ne peut ignorer le rôle clef que peuvent jouer des services éducatifs à la petite enfance de qualité dans le parcours scolaire d’un enfant, particulièrement ceux de milieux plus défavorisés. 

Caquistes et libéraux ne sont pas très différents lorsqu’il s’agit des services de garde.

D’un côté, ils reconnaissent les vertus des services de garde éducatifs et des centres de la petite enfance, mais de l’autre, ils prônent le maintien de différents modèles.

Les garderies privées non subventionnées ont connu une croissance phénoménale sous les libéraux. Ce qui, selon l’économiste Pierre Fortin, a permis au président du Conseil du Trésor de faire des économies.

Un gouvernement de la CAQ a-t-il le même objectif ou vise-t-il vraiment à offrir ce qu’il y a de mieux aux jeunes familles?

Est-il à la recherche d’économies pour pouvoir inscrire dans sa plate-forme électorale la promesse d’un chèque pour le parent qui veut «garder» son enfant à la maison? 

Pour faire des gains, la CAQ va dans toutes les directions.