François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, entouré de son équipe.

François Legault peut-il être premier ministre?

La campagne électorale est commencée depuis quelques semaines. Plusieurs sondages nous montrent que la CAQ est aux portes du pouvoir. Son chef François Legault se voit déjà locataire de l’édifice Price. Il importe de le féliciter, car il est le véritable chef de l’opposition officielle.

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, qui est un ancien journaliste, doit regarder jalousement l’espace médiatique qu’occupe l’ancien ministre péquiste. C’est bien de rêver. C’est même noble. Partir premier lors d’une campagne qui durera encore 10 mois constitue une mauvaise nouvelle. La sagesse politique nous apprend depuis des lustres «qu’une semaine en politique est une éternité». C’est ainsi que l’avance du chef adéquiste dans les intentions de vote appelle tout observateur consciencieux de la politique à l’analyser méthodiquement.

Le résultat de cette réflexion nous permet de constater que l’ancien ministre péquiste doit être extrêmement prudent. De fait, il semble être son propre pire ennemi. Ses déclarations récentes sont préoccupantes et elles sont même dangereuses pour le Québec. Elles sont indignes pour tout aspirant aux hautes fonctions.

En premier lieu, sa déclaration sur la péréquation démontre une faiblesse intellectuelle incompréhensible pour un ancien membre d’un gouvernement péquiste. La fin de la péréquation se fera avec l’indépendance. Les libéraux martèleront durant toute la campagne que François Legault est encore séparatiste et que son but ultime est de faire l’indépendance du Québec! Rappelons-nous que dans une autre époque non lointaine, il était «pressé». De plus, il est l’auteur du budget de l’an 1 de la République du Québec! C’est contradictoire puisqu’il a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne souhaite pas relancer les négociations constitutionnelles. Il est illusoire de croire qu’il réussirait à convaincre le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et les provinces canadiennes de renégocier la Constitution. Permettez-moi d’en douter! Ses talents diplomatiques sont faibles et ses connaissances constitutionnelles semblent limitées. Souvenons-nous que lors de la dernière visite de la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, à l’Assemblée nationale, il a fait preuve d’un manque de savoir-vivre gênant pour tout aspirant à diriger un gouvernement québécois.

En deuxième lieu, ses déclarations sur les femmes, la natalité et le nombre d’immigrants admis au Québec prouvent éloquemment qu’il est déconnecté de la réalité de l’emploi. Pourtant, il se décrit constamment comme un homme d’affaires. Sauf qu’il est évident que les enfants qui naissent aujourd’hui seront sur le marché du travail dans 23 ans. Les déclarations du chef de la CAQ me poussent à me poser quelques questions. Est-ce que son plan est de régler la pénurie de la main-d’œuvre en 2040? Est-ce que son plan de verser des allocations généreuses aux femmes au foyer qui ont des enfants ne constituerait pas un recul historique pour l’égalité? Qui occupera les emplois laissés par ces femmes? Les immigrants? Non, il en veut diminuer le nombre!

Étant un aspirant sérieux au poste de premier ministre, il est également pertinent de se poser les questions sur son leadership. Plusieurs vedettes ont quitté son parti. Dominique Anglade qui était présidente de la CAQ et Gaétan Barette sont dorénavant des ministres influents au sein du gouvernement Couillard. Gérald Deltell est devenu un excellent député à Ottawa qui pourrait se présenter au leadership du Parti conservateur. Pourquoi sont-ils partis?

Concluons en lui suggérant de mieux se préparer avant de parler. Dans une campagne électorale ou dans un débat des chefs, le premier ministre Philippe Couillard qui est un «intellectuel-philosophe» va démolir ses arguments facilement!

Irénée Rutema, ancien professeur de science politique au Cégep de La Pocatière, Québec