Les auteurs de cette lettre d'opinion déplorent la décision d’abolir les postes de chargés de cours en charge de la supervision des stages en milieu scolaire dans les programmes de formation des enseignants du primaire et du secondaire, au profit d’une supervision à distance.

Formation des maîtres en enseignement: où s’en va-t-on?

La décision d’abolir les postes de chargés de cours en charge de la supervision des stages en milieu scolaire dans les programmes de formation des enseignants du primaire et du secondaire, au profit d’une supervision à distance, nous consterne.

Dans une période où il est reconnu que la persévérance des jeunes enseignantes et enseignants est mise à rude épreuve et que 40 % abandonnent la profession dans les cinq premières années, cette décision va fragiliser encore davantage la formation des futurs enseignantes et enseignants. Nous dénonçons cette décision qui relève d’un choix pédagogique et politique inapproprié et incompréhensible d’autant plus que l’Université Laval n’a pas fait la démonstration des effets positifs de cette approche technologique de la supervision.

Une refonte du programme au détriment des stagiaires

Dans un communiqué de l’Université Laval publié le 24 mai dernier, on lit que «la refonte du programme implique un plus grand engagement, une participation et une présence accrue du futur personnel de supervision auprès des stagiaires». Contradiction dans les termes? Présence accrue, mais à distance? Engagement et participation améliorés, mais deux fois moins de temps à consacrer à chaque stagiaire (Radio-Canada, 24 mai 2018)? Au final, c’est 52 superviseures et superviseurs qui seront remplacés par cinq personnes. Où s’en va-t-on?

Sous prétexte de «pouvoir observer et analyser la prestation d’un stagiaire sous différents angles», vous abandonnez le regard aguerri de superviseurs et superviseures ayant des années d’expérience en enseignement primaire et secondaire. Pour quelles raisons? Pour mettre à profit des outils technologiques. Nous ne sommes pas contre l’emploi de ces outils technologiques, mais seulement en complément du regard humain porté sur le travail des stagiaires. Recourir à un mode exclusif de supervision par vidéoscopie (Encode) va non seulement affaiblir la relation directe entre les superviseurs et les stagiaires, il présentera une vision toujours partielle du milieu sur laquelle se basera l’évaluation à distance. La compréhension des superviseures et superviseurs de stage en sera appauvrie en raison du manque d’immersion dans le milieu scolaire.

Autre fait inquiétant, c’est qu’aucune exigence relative à une expérience d’enseignement aux niveaux primaire et au secondaire n’est désormais requise pour les personnes qui occuperont les nouveaux postes de supervision. Comment peut-on conseiller et évaluer des stagiaires sans avoir une expérience de cet enseignement et une connaissance directe des élèves?

L’enseignement, un métier humain avant tout

Rappelons que l’outil fondamental en enseignement, c’est d’abord la personne. Nous craignons que les changements annoncés se fassent au détriment de l’intégration harmonieuse des stagiaires dans le milieu scolaire. Enseigner est exigeant et nos stagiaires ont besoin d’écoute, d’encouragement et de soutien dans les moments difficiles. C’est ce volet humain qui fera d’eux des intervenants signifiants et efficaces, usant de jugement professionnel. En attendant que leur gestion de classe prenne de l’aplomb, que leur singularité se déploie comme enseignant, c’est sur le plan humain qu’ils ont besoin d’accompagnement. Actuellement, le défi de la gestion de classe et de la mission éducative demandent de plus en plus des intervenants solides, conscients de la complexité des relations. Le fait de favoriser la confiance en soi influence l’intervention du stagiaire en classe ce qui a, par le fait même, un impact positif sur les apprentissages.

Par ailleurs, comment faire une rétroaction complète si la vidéo ne nous donne pas accès à l’ensemble des élèves de la classe, au travail en sous-groupes, au corridor lors des déplacements? Notre présence dans le milieu n’est pas seulement en cas de difficultés, mais tout au long du stage. Superviser un stage en milieu scolaire, c’est voir surgir les problèmes et chercher des solutions avant qu’ils ne soient devenus trop importants; c’est prévenir plutôt que guérir.

Le renvoi cavalier de la très grande majorité des superviseures et superviseurs actuels laisse un goût amer. Comme seul remerciement pour les 10 ou 20 années d’engagement envers nos étudiants à l’Université Laval, nous avons eu droit qu’à une seule petite phrase au bas d’un courriel, courriel qui portait d’ailleurs sur un autre sujet. Non seulement nous perdons un emploi que nous aimons, nous sommes remerciés du revers de la main. Comment peut-on accepter d’être traités ainsi par une institution qui devrait être un modèle pour la société, notamment sur le plan des ressources humaines?

Les superviseures et superviseurs de stage:  Jean-Guy Allard, Sylvie Gladys Bidjang, Édith Blais, Francine Boily, André Bond, Mario Boucher, Serge Boutin, Jean Blouin, Marie Brousseau, Yvan-Daniel Caron, Gilles Carrier, Nelson Fecteau, André Fortier, Aline Gagnon, Christine Gendron, Grégoire Goulet, Rhéo Lacroix, Nicole Laroche, Murielle Larouche, Alain Lepage, Charlotte Lessard, Louis Marcotte, Claire Mercier, Raymond Morin, Marc Morel, Pierrette Richer, Conrad Roy, Denise Riou, Rodrigue Samuel, Geneviève St-Maurice, Jean-Pierre Theil, Pierrette Tremblay