SABSA est une coopérative qui a pour mission d’assurer des services de proximité à des personnes vulnérables et marginalisées en raison de la nature des problèmes qu’elles vivent.

Financement de SABSA: deux poids, deux mesures?

On apprenait le vendredi 7 avril que le gouvernement Couillard versera un montant de 23 millions $ d’ici 2023 à la Fondation du Dr Julien pour déployer son réseau de centres de pédiatrie sociale dans toutes les régions du Québec. Cela porte à un total de 45 millions $ l’aide accordée par l’État depuis quelques années à cet organisme.

On ne peut qu’applaudir cette décision gouvernementale d’appuyer les efforts d’un organisme sans but lucratif qui a pour mission de venir en aide à des enfants vulnérables issus de familles défavorisées. D’autant plus que ces familles sont réticentes à s’adresser au réseau officiel de santé et de services sociaux en raison d’une approche institutionnelle mal adaptée à leur réalité. 

La même journée, on apprenait que la clinique de soins infirmiers SABSA de Québec se démène actuellement comme «un diable dans l’eau bénite» pour recueillir en mode d’autofinancement les 350 000 $ nécessaires pour son fonctionnement. On sait que cette coopérative a pour mission d’assurer des services de proximité à des personnes vulnérables et marginalisées en raison de la nature des problèmes qu’elles vivent (hépatite C, VIH, toxicomanie, troubles mentaux, itinérance). Déjà stigmatisées, ces personnes n’osent pas elles non plus affronter l’appareil bureaucratique du réseau institutionnel de santé et de services sociaux quand elles ont besoin d’aide et de soins. Comme les centres de pédiatrie sociale du Dr Julien, la coopérative SABSA a aussi fait ses preuves : 2600 patients au cours de la dernière année. Mais dans ce cas-ci, l’État se montre pourtant plutôt pingre. L’entente arrachée à bout de bras au ministre Barrette à l’été 2017, laquelle prévoit une contribution du CIUSSS de la capitale nationale, ne couvre que 20 % du budget nécessaire au fonctionnement de la clinique SABSA. On aurait refusé de s’engager à assurer la pérennité de l’organisme qu’on n’aurait pas fait autrement.

Certes, la Fondation du Dr Julien doit elle aussi s’adonner à des activités d’autofinancement (1,744 million $ recueilli au moyen de la guignolée annuelle en décembre 2017). Bien sûr aussi, le rayonnement de la fondation Julien auprès de la population est d’une plus grande ampleur que le territoire local desservi par la clinique SABSA. Mais un écart aussi grand entre les contributions gouvernementales à ces deux organismes a quand même de quoi étonner.

Il est vrai qu’en contexte pré-électoral, accorder plus de 23 millions $ à une organisation qui a une portée provinciale donne une visibilité non négligeable auprès de l’électorat. M. Couillard pourra affirmer haut et fort : «Voyez comment notre gouvernement s’occupe des plus démunis.» Tandis que laisser végéter un organisme qui n’a qu’une portée locale ne risque pas trop de faire perdre de votes. Il faut dire aussi que deux ministères sont concernés par le cas qui nous occupe. Celui de la Famille pour la fondation Julien et l’autre de la Santé et des Services sociaux pour SABSA. Il apparaît évident que MM. Fortin et Barrette n’ont pas les mêmes sensibilités ni la même définition de l’intérêt général. Peut-on s’attendre à autre chose de la part d’un gouvernement qui a relayé au placard le sens du bien commun… sauf pour nous faire croire qu’il s’en occupe en jouant au père Noël en période électorale.

Jean-Paul Ouellet, Québec