Les premiers ministres provinciaux et les dirigeants territoriaux doivent se rencontrer le 2 décembre, à Toronto. Lors de cette réunion, il serait nécessaire de discuter de nombreux problèmes en santé.

Fédéral: nécessaire santé au menu

POINT DE VUE / À la suite d’une élection fédérale ayant suscité la division, les leaders devraient maintenant chercher à résoudre les différences dans différents domaines, comme les pipelines, la construction d’infrastructures pour atténuer les changements climatiques, et divers problèmes en matière de soins de santé.

Récemment, Andrew Scheer a proposé la création d’un corridor énergétique national qui minimiserait les impacts environnementaux et acheminerait l’hydroélectricité, le gaz, le pétrole et les télécommunications. Lorsqu’ils rencontreront François Legault, le premier ministre du Québec, les premiers ministres Jason Kenney et Scott Moe devraient lui rappeler qu’en 2016, il a indiqué approuver la proposition de pipeline Énergie Est, en plus d’avoir déclaré ce qui suit : « Nous visons à atteindre la péréquation zéro et une des façons d’y arriver, ce serait de recevoir des redevances sur le pétrole qui transiterait sur le territoire du Québec ». Récemment, l’Université Yale a conclu que le Canada affichait la meilleure feuille de route en matière d’environnement parmi les dix producteurs de pétrole les plus importants au monde.

Il faut souligner que, pour 2018-2019, le surplus du Québec a atteint 4,8 milliards de dollars; en 2019-2020, la province recevra 13,1 milliards de dollars en paiements de péréquation. S’il n’avait pas reçu ces paiements, le Québec afficherait un déficit de 8 milliards de dollars, plutôt qu’un surplus.

Dans ces débats, la santé a été presque complètement ignorée. Il est difficile de croire, après l’élection récente entraînant la division, qu’en 1984, la Loi canadienne sur la santé (LCS) a été adoptée à l’unanimité. Cependant, après 35 ans, tous les articles devraient être appliqués de manière juste. En outre, certains devraient être modifiés.

Les premiers ministres provinciaux et les dirigeants territoriaux doivent se rencontrer le 2 décembre, à Toronto. Lors de cette réunion, il serait nécessaire de discuter de nombreux problèmes en santé.

M. Pallister a souligné qu’il est nécessaire de réduire les barrières commerciales entre les provinces. En plus de toucher les biens, cet enjeu touche les gens. Les personnes qui se rendent dans une autre province ou dans un autre territoire à des fins d’affaires ou lors de vacances peuvent compter sur des prestions d’hospitalisation ou médicales entièrement transférables. Cependant, le Québec refuse encore de payer les taux de la province hôte pour les soins médicaux assurés dans d’autres provinces. Il s’agit là d’une infraction à l’article 11 de la LCS. À la lumière du surplus actuel, le Québec n’a aucune excuse pour ne pas signer l’entente de facturation réciproque des services médicaux. Les autres premiers ministres provinciaux devraient exercer des pressions sur M. Legault pour qu’il le fasse.

Souvenez-vous qu’en 1980, le juge Emmet Hall a défendu le traitement équitable des médecins s’ils ne pouvaient plus faire de la surfacturation. Il a écrit « lorsque les négociations échouent et débouchent sur une impasse, les questions en litige doivent être soumises à un arbitrage exécutoire ». La Loi canadienne sur la santé devrait être modifiée pour rendre ce point obligatoire en vertu de la loi fédérale, empêchant les provinces de se retirer ou de modifier une sentence arbitrale en adoptant une loi provinciale subséquente.

Ainsi, lors de la prochaine rencontre, les premiers ministres et, subséquemment, les ministres de la Santé, devraient discuter de la manière de veiller à ce que les médecins et les autres professionnels de la santé soient respectés et traités de façon équitable.

Les premiers ministres devraient s’entendre sur un financement ciblé dans les domaines de la santé qui relèvent d’Ottawa. Cela comprend le remboursement pour le coût des soins de santé dans les autres pays, jusqu’au niveau associé à de tels services au Canada.

Au cours des dernières années, le nombre de commandes en souffrance de médicaments a augmenté, en plus d’invalider les polices d’assurance voyage, non seulement des retraités migrateurs, mais également de nombreuses personnes plus jeunes atteintes de diabète, d’hypertension et de maladies du cœur. Parmi elles, on compte de nombreux Autochtones ou nouveaux Canadiens, plus particulièrement provenant de l’Asie du Sud, des Philippines, du Moyen-Orient, de l’Amérique latine et des Caraïbes. Ces groupes ont peut-être voté pour le parti politique qui offrait une couverture accrue en matière de soins de santé hors du Canada destinée aux personnes qui ne sont pas admissibles à une assurance privée.

Seuls l’Île-du-Prince-Édouard et les trois territoires respectent les exigences de la LCS en ce qui concerne les coûts d’hospitalisation à l’extérieur du pays. Ces coûts pourraient probablement être remboursés si Ottawa décrétait l’augmentation du Transfert canadien en matière de santé d’une valeur cible d’un pour cent.

Il est fort probable que les discussions porteront sur le régime national d’assurance-médicaments. Un programme national (excluant probablement le Québec qui s’est déjà doté d’un tel régime) exigerait la coopération des provinces. Étant donné les pénuries de médicaments, Ottawa doit jouer un rôle pour veiller à ne pas accroître le nombre de commandes en souffrance en faisant un achat en vrac de médicaments génériques, forçant ainsi une baisse des prix. Après tout, de nombreuses entreprises pharmaceutiques peuvent tout simplement transférer leurs stocks limités de médicaments aux États-Unis ou vers d’autres marchés plus rentables. Parmi les solutions, il y a l’option d’assurer la production canadienne de certains médicaments essentiels, sous la direction du gouvernement.

Division

L’élection a vraiment entraîné une division. Au Québec, de nombreux électeurs insatisfaits du parti Libéral et du parti Conservateur ont protesté en votant pour le Bloc Québécois. Ce vote pourrait faire en sorte qu’il y ait une alliance avec son penchant provincial, le PQ, et même la tenue d’un référendum dans quelques années.

Tandis que 100 000 emplois ont été perdus, que le pipeline Trans Mountain continue de s’empêtrer dans la bureaucratie et que les projets de loi C-48 et C-69 ont été adoptés par le parti Libéral, il n’est pas surprenant que ce dernier ait été complètement rayé de la carte en Alberta et en Saskatchewan. Le parti « Wexit » donne en vigueur. Le premier ministre provincial Jason Kenney a annoncé la création d’une commission chargée de conclure une entente équitable (Fair Deal Panel).

Cependant, les résidents du Québec et de l’Ouest devraient prendre en considération un effet secondaire souvent ignoré de l’indépendance. Contrairement aux Américains, les Canadiens tiennent pour acquises leurs prestations transférables en santé. Les résidents du Québec, et ceux de l’Alberta, qui menacent de se séparer devraient savoir qu’en cas d’indépendance, ils seraient désormais isolés, surtout ceux qui ne sont pas admissibles à l’assurance voyage parce qu’ils ont une maladie chronique. Les hôpitaux à l’échelle du Canada ont un taux spécial réservé aux non-résidents du Canada. Par exemple, les tarifs quotidiens d’une chambre standard ou de l’unité de soins intensifs sont de 3 760 $ et de 14 535 $ au Vancouver General Hospital; de 4 600 $ et de 6000 $ pour les principaux hôpitaux universitaires au centre-ville de Toronto; et de 4 932 $ et de 18 540 $ à l’Hôpital QEII de Halifax.

Lorsque le Conseil de la fédération se réunira à Toronto, on espère que les premiers ministres provinciaux et les dirigeants territoriaux pourront trouver un terrain d’entente. Lors de leur prochaine rencontre avec Justin Trudeau, ils devraient exercer des pressions pour qu’il veille à ce que le Transfert canadien en matière de santé soit augmenté de manière ciblée et adéquate. Ils devraient également demander que de nombreuses modifications soient apportées à la Loi canadienne sur la santé, afin que notre système de prestation de soins de santé soit plus durable sur le plan financier, et juste pour les médecins.

Le député de Winnipeg, Jim Carr, a récemment déclaré que « les gens cherchent à favoriser l’unité au pays. Peu de gens s’intéressent à la division et à la politique entraînant la division. Il arrive toujours un moment où un pays doit s’unir. Nous en sommes là. »

Médecin d’Ottawa, l’auteur est natif de Montréal. Il est diplômé de l’Université Princeton et de la Johns Hopkins School of Medicine, et il est revenu au Canada en 1970. Il est l’ancien président de la section de médecine interne générale de l’Association médicale de l’Ontario. Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.