Les régions du Québec n’ont pas besoin d’un programme plus contraignant, les gens qui y vivent veulent en général davantage d’immigrants pour répondre aux besoins du marché du travail.

Et si on laissait le PEQ tel quel?

BILLET RÉGIONAL / CARLETON — Le gouvernement du Québec a eu l’idée, avec raison le 8 novembre, après huit jours de chaos, de revenir à la case départ dans sa volonté de remodeler le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), cet outil raccourcissant les délais d’obtention d’un certificat de sélection, d’un statut de résident permanent et éventuellement de la citoyenneté pour les étudiants et jeunes travailleurs internationaux.

Le premier ministre François Legault et son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette ont admis leurs erreurs, après une semaine de dogmatisme sans fondement, à défendre l’indéfendable, en s’appuyant sur de mauvais chiffres, une mauvaise liste de programme d’études supposément porteurs du meilleur potentiel d’emploi et surtout, surtout, une mauvaise conception de l’immigration.

Ils ont au moins le mérite d’avoir avoué leur erreur. Ils ont toutefois promis de revenir à la charge, ce qui rend déjà nerveux les immigrants et tout le monde reconnaissant les bienfaits de l’immigration.

Et si le gouvernement de la Coalition avenir Québec décidait de laisser le Programme de l’expérience québécoise tel qu’il est? Il fonctionne bien et ce qui fonctionne bien n’a pas besoin d’être ajusté, surtout pas à la baisse.

Nous pouvons dire «à la baisse», parce que le retour au tableau dans l’esprit de MM. Legault et Jolin-Barrette se traduira par un autre programme contraignant pour les étudiants étrangers, pas un programme plus inclusif. C’est ce qu’on déduit des propos tenus quand ils ont battu en retraite.

Or, les régions du Québec n’ont pas besoin d’un programme plus contraignant; les gens qui y vivent veulent en général davantage d’immigrants, pour répondre aux pressants besoins du marché du travail et pour combler des années d’incurie de plusieurs gouvernements précédents.

Ces gouvernements n’ont pas eu l’ouverture d’esprit de penser que le monde rural et modérément urbain de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l’Abitibi-Témiscamingue notamment, pouvait accueillir bien plus d’immigrants.

Elle est belle la colère des élus du Parti libéral du Québec, qui déchirent encore leurs chemises devant l’errance de MM. Jolin-Barrette et Legault face au PEQ. Mais où étaient ces mêmes libéraux quand le gouvernement de Philippe Couillard a fermé des bureaux régionaux d’immigration, en marge des politiques d’austérité de 2015, alors que ces bureaux venaient pratiquement d’être ouverts par le gouvernement de Pauline Marois? À l’aube de la campagne électorale de 2018, le régime Couillard a rouvert ces bureaux.

Si le gouvernement de la Coalition avenir Québec a reconnu son erreur le 8 novembre, il est loin d’avoir démontré sa compréhension du rôle du Programme de l’expérience québécoise dans les régions.

Il suffit de parler des gens qui utilisent cet outil pour comprendre qu’il n’a pas besoin d’être resserré. Ces gens, chiffres à l’appui, le trouvent «magnifique» notamment parce qu’il permet de vérifier le degré d’intégration pendant les études et les premières années de travail. Ces jeunes étudiants et travailleurs parviennent à s’intégrer dans des proportions qui dépassent toutes les attentes, notamment parce qu’à 18, 20 ou 22 ans, on est plus flexible qu’à 40.

Simon Jolin-Barrette et François Legault ont tous deux admis qu’ils devront consulter avant la seconde mouture du PEQ. Il est impératif que ces consultations s’étendent à tout le Québec, et non seulement à Montréal, à Québec et dans les périphéries de ces villes.

Il est tout aussi souhaitable qu’une dose d’humanité assaisonne fortement le prochain exercice pour MM. Jolin-Barrette et Legault, et tous ceux qui seront appelés à évaluer le PEQ.

En Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent par exemple, les institutions d’enseignement post-secondaires ont accentué depuis des années le recrutement d’étudiants internationaux, avec succès. Le Cégep de Matane compte près de 200 étudiants étrangers sur une clientèle totale de 700, alors qu’au Cégep de la Gaspésie et des Îles, on en compte 110 sur 1000.

Quand le premier ministre Legault a déploré le rôle de l’argent dans certains cégeps, il s’enlisait dans le champ, de plus en plus profondément. Doit-on rappeler à cet ancien ministre de l’Éducation que le financement per capita est imposé par le gouvernement?

Oui, des programmes d’études dans des Cégeps et des universités régionales sont «sauvés» par des étudiants internationaux mais où est le problème, s’il permet aux Québécois de recevoir une formation qui aurait autrement été abolie ou reportée, que ce champ d’étude est porteur d’emplois, et qu’une bonne part des étudiants étrangers s’en serviront pour s’établir au Québec?

Parmi les étudiants fréquentant les Cégeps de la Gaspésie et de Matane, on compte des gens de l’île de la Réunion, dans l’océan Indien. C’est à 14 000 kilomètres de Gaspé. Ces jeunes ne vont pas chez eux la fin de semaine, et leur mère ne leur envoie pas de la nourriture pour s’assurer qu’ils mangent bien et pour chasser le mal du pays. Ils constituent un exemple d’intégration, malgré la distance initiale.

Le gouvernement caquiste reviendra sans doute avec une liste de programmes d’études à joindre aux conditions d’admissibilité au Programme de l’expérience québécoise. Espérons que cette liste sera caractérisée par une ouverture d’esprit et non la perception tenace, alimentée par les gestes de ce gouvernement, que le régime Legault est méfiant et hostile à l’immigration, qu’il veut l’écrémer.

Ces gestes sont d’autant plus paradoxaux qu’ils juxtaposent une augmentation récente des ressources consacrées à l’intégration des jeunes immigrants.

Les étudiants internationaux ne sont pas que de futurs travailleurs. Ils sont des êtres humains, qui paient le gros prix pour se former au Québec. Les Québécois bénéficient grandement des échanges avec ces étudiants. Ces derniers, s’ils ne restent pas, informeront les futurs candidats dans une foule de pays qu’étudier au Québec est enrichissant.

Le Québec a tout à perdre s’il laisse un goût de cendres dans la bouche des étudiants internationaux. Il a intérêt à se montrer inclusif, pour les jeunes d’ailleurs comme pour ceux d’ici.