Et que fait-on de la lutte contre la corruption?

Veut-on vraiment lutter contre la corruption? À voir les développements de l’«affaire Ouellette-UPAC» depuis une semaine, on peut se poser légitimement la question. Que des questions puissent être adressées à l’UPAC quant à certains de ses modes de fonctionnement est tout à fait normal et légitime. Que cela conduise à une mise en cause de la crédibilité de l’UPAC et de son commissaire est par contre très inquiétant.

La qualité du débat public est essentielle à la vie démocratique. Plus les enjeux sont sensibles, plus il est important de veiller à une bonne qualité de débat public. En même temps, plus cela demande retenue et effort de réflexion: les enjeux sensibles sont rarement aussi simples qu’on le souhaiterait. Ce n’est malheureusement pas ce à quoi nous avons assisté depuis une semaine. Les effets de toge et les déclarations solennelles d’indignation n’aident en rien à résoudre la crise qu’a provoquée l’arrestation du député Ouellette par l’UPAC. Ce n’est certainement pas en évoquant les «risques de dérives totalitaires», comme l’a fait le président de l’Assemble nationale, que l’on contribue à une résolution saine de la situation de tension qu’ont vécue les parlementaires. L’image est aussi peu pertinente dans le contexte que le fameux «tous des corrompus!» lancé par certains à l’endroit de ces mêmes parlementaires.

Pourrait-on se recentrer sur l’objectif qu’est la lutte contre la corruption et y consacrer les efforts que la tâche exige? Il ne s’agit pas d’exonérer l’UPAC de tout blâme. Il est possible de questionner et de chercher à comprendre sans jouer la ligne dure de l’affrontement. Il arrive que des ajustements dans les manières de faire soient souhaitables et possibles. Mais il faut aussi être conscient des contraintes qui s’imposent objectivement à l’institution que l’on questionne.

Surtout si on est véritablement préoccupé par la lutte contre la corruption. Il importe de ne pas attaquer la crédibilité de cette institution qui se consacre à cette tâche. Et il y a plus urgent à faire que de mettre en place un mécanisme de surveillance de l’UPAC. Ce à quoi doivent à tout prix résister les parlementaires en ce moment, c’est de précipiter l’adoption d’un tel mécanisme. Il faut se donner le temps d’étudier sérieusement l’ensemble des options qui existent et ne pas s’en remettre au seul rapport produit par le député Ouellette sur la norme ISO anticorruption (37001) dont il est loin d’être certain qu’elle soit bien adaptée à la situation. 

De quels conseils dispose le gouvernement à cet égard? Plusieurs options existent. Peut-on se donner le temps d’en regarder les mérites plutôt que d’agir — encore une fois — dans la précipitation? Quoi qu’en disent certains élus, il n’est pas vrai que «la population» réclame ici et maintenant ce mécanisme de surveillance. Il ne faudrait pas que les élus confondent leurs envies avec les priorités de la population.

Il y a d’autres législations plus importantes qui attendent en matière de lutte à la corruption et qui mériteraient une attention soutenue du législateur. Tous les partis politiques savent quelles sont ces législations et quelles recommandations de la Commission Charbonneau n’ont pas encore été mises en œuvre. Pourrait-on y mettre la même énergie qu’on a mis cette semaine à faire bloc contre les agissements de l’UPAC?

Luc Bégin, Faculté de philosophie, Université Laval