Comment qualifier la position du gouvernement actuel qui laisse à eux-mêmes tous ces employés trahis par des entreprises privées, se questionne une cadre retraitée de Sears Canada.

Et les autres retraités?

Des retraités du gouvernement provincial ont fait part au cours des derniers jours de leur réaction face au projet de loi 126, et au fait que leurs rentes de retraite ne seront pas indexées et seront même gelées.

J’aimerais mettre en perspective une autre situation qui prévaut actuellement et qui touche des milliers de retraités au Québec et 18 000 au Canada. Contrairement aux employés du secteur public, les retraités et ex-employés de Sears ont vu leur régime de retraite amputé de 30 % le 1er août dernier. De, plus contrairement aux employés du secteur public, les retraités de Sears n’ont jamais bénéficié d’une indexation de leur retraite. Au 1er août dernier, ma prestation de retraite était la même qu’il y a 16 ans au moment où j’ai pris celle-ci.

Tout comme les employés du secteur public, les employés de Sears ont contribué à leur régime de retraite, et dans les mêmes proportions. L’employeur n’a pas contribué au régime au cours des dernières années, celui-ci est déficitaire de 260 millions $.

Sears a déclaré faillite en 2017 et fermé ses portes en janvier 2018 et fait l’objet de plus de 2000 réclamations de créanciers, pour quelque 36 milliards $.

Pour les employés du secteur public, même si la caisse de retraite est sous-financée, l’employeur continue de payer à ses retraités leur retraite sans grande pénalité. On parle ici de non-indexation, ou de retraite gelée. Il est vrai que cette coupure affectera quelque peu leur qualité de vie : des voyages, des repas au restaurant, des gâteries.

Pour certains ex-employés de Sears, on parle du pain et du beurre, puisqu’avec cette coupure, certains se retrouvent sous le seuil de la pauvreté, et à l’âge où ils devraient profiter de leur retraite, certains se voient dans l’obligation de retourner sur le marché du travail. Un retraité ayant travaillé plus de 28 ans pour cette compagnie se retrouve à 65 ans avec une rente de 400 $ par mois. Est-ce acceptable?

Messieurs Paquette et Ouimet dénoncent ces gestes irresponsables ou injustes de la part du gouvernement à leur égard, et ils en ont le droit! Mais alors, comment qualifier la position du gouvernement actuel qui laisse à eux-mêmes tous ces employés trahis par des entreprises privées, non seulement chez Sears, mais chez White Birch, Nortel, Bell et bien d’autres? Un gouvernement qui ferme les yeux sur le fait que ces mêmes entreprises privées versent des dividendes éhontés à leurs actionnaires sans égard à la misère dans laquelle ils plongent leurs ex-employés?

J’ose espérer que le gouvernement qui sera porté au pouvoir lors des prochaines élections fera en sorte que ces injustices soient réparées et que d’autres ne puissent survenir à l’avenir.

Jocelyne Belleau, Cadre retraitée de Sears Canada, Québec