Donald Trump

Et délivrez-nous du président...

Si un «haut responsable de la Maison Blanche» s’autorise à publier une lettre anonyme dans le New York Times pour dire qu’il participe à la «résistance» contre le président des États-Unis, c’est le signe que son entourage commence à se préparer, voire à espérer, la chute du régime et le début de l’après-Trump.

Pourquoi faire coïncider ce témoignage avec la publication des premiers extraits dévastateurs d’un livre écrit par le journaliste Bob Woodward, qui décrit la même dynamique? Pourquoi courir un risque aussi grand si vous croyez que cette administration est en selle pour le reste de son mandat et qu’il est impossible de faire dérailler ce train?

Ce que le livre et l’article démontrent, c’est que le président des États-Unis, qui invoque la «sécurité nationale» pour imposer des tarifs protectionnistes sur les importations d’aluminium et d’acier, est lui-même perçu par ses plus proches conseillers comme une menace plus sérieuse encore à la sécurité de son propre pays.

Le geste posé par ce responsable anonyme vise peut-être à crever cet abcès, à déclencher un effet-domino, mais à court terme, ces révélations risquent d’envenimer encore plus les choses.

Tant le livre que l’article du NYT décrivent les efforts — parfois fructueux — des responsables pour court-circuiter les décisions et les impulsions irrationnelles d’un «commander-in-chief» qui se montre pratiquement allergique à la réalité.

Maintenant qu’il est prévenu, il sera encore plus difficile pour les membres de son entourage de le contenir. Le narcissisme de Trump glissera un peu plus vers la paranoïa, à plus forte raison si on lui démontre qu’il n’a pas tout à fait tort.

Une telle situation ne peut durer, mais le président a défié tous nos pronostics jusqu’ici. Le chaos est son élément naturel. C’est grâce à cette faculté qu’il a pu se hisser au sommet. La confusion lui profitera peut-être encore une fois, mais l’issue fait de moins en moins de doute.

Avec plusieurs ex-confidents qui retournent leur veste pour collaborer à l’enquête du procureur spécial, avec un nombre grandissant des conseillers actuels prêts à témoigner de son inaptitude, sa chute est plus plausible que jamais. Mais la question c’est: quand? Cette année? Avant ou après les présidentielles de 2020?

Jeudi soir sur CNN, l’ex-ambassadeur des États-Unis au Panama, John Feeley, qui a lui-même dû exprimer publiquement son désaccord avec cette administration lorsqu’il a démissionné de son poste, a comparé ce message anonyme à un appel à l’aide.

Cela pourrait être, disait-il, une façon de faire savoir au pays tout entier, et au Congrès en même temps, que le président est inapte à exercer les lourdes responsabilités qui incombent à son poste, et qu’il y a des limites à ce que peuvent faire les membres de son équipe pour réduire continuellement les dégâts. Peut-être veut-on forcer les élus républicains à reconnaître la gravité de la situation et la nécessité de prendre des mesures draconiennes avant qu’il soit trop tard.

Ce n’est sans doute pas anodin que l’auteur — ou les auteurs — de la lettre conclut en affirmant que «devant l’instabilité constatée par plusieurs, des membres du cabinet ont évoqué le recours au 25e amendement», la clause qui permet de démettre le président pour cause d’inaptitude.

La seule chose que l’on peut prévoir à ce moment-ci, c’est que cette action n’est pas l’aboutissement d’un plan. Ce n’est probablement que le début.