«Selon le site Jobboom, les boomers sont plus nombreux, depuis quelques années, à créer leur propre entreprise, que ce soit par choix ou par nécessité économique», écrit Marie Blouin.

Est-ce qu’on est vieux à 50 ans?

POINT DE VUE / Juste prononcer le mot «vieillir» fait peur ou sonne des cloches sur le temps qui passe et sur lequel personne n’a de prise. Pas plus, d’ailleurs, qu’une personne vieillissante n’a de prise sur le regard et le jugement sombres que posent souvent les autres sur elle. Est-elle périmée pour autant? Pourquoi la laisse-t-on souvent de côté?

Dès que quelqu’un franchit le cap des 50 ans, les autres, consciemment ou non, ne le voient plus du même œil, comme s’il était devenu un être totalement différent qui perd tout d’un coup ses capacités et ses acquis. Sa valeur baisse comme une auto usagée juste pour une question d’apparence, parce qu’elle n’incarne plus l’image de la jeunesse. Pire, les gens déprécient ses habiletés et son potentiel, car on associe souvent l’âge aux incapacités et à la maladie. On les croit, souvent à tort, plus réfractaires aux changements et aux nouvelles technologies. On les abandonne même parfois!

Même si Pascal Bruckner, auteur de l’excellent livre Une brève éternité, dit avec raison qu’il faut garder en vieillissant un appétit du monde, des plaisirs et une curiosité des générations qui suivent, difficile pour la personne qui vieillit de garder cet état d’esprit. Les signes sont là. Dans le milieu du travail, on commence à lui parler de la retraite, sans mettre de gants blancs, même si ce n’est pas dans son plan à court terme. On l’éloigne tranquillement des projets et des décisions.

Victime soudainement de discrimination, elle n’est pas préparée à vivre ce changement d’attitude brutal de la part des autres.

Passé la soixantaine, la situation est encore plus préoccupante. On ne voit plus cette personne. Elle devient invisible. On pense moins à elle pour donner une opinion ou lui demander conseil. On la juge «out» même si elle est curieuse, aime découvrir, se tenir à jour et apprendre pour rester dans la parade. On lui répète souvent, en riant ou sérieusement, la formule stéréotypée «C’est normal à ton âge!» Mais cette personne mature et expérimentée qui souhaite rester active est-elle si différente parce qu’elle a vieilli?

Poser un regard différent sur les «jeunes» nouveaux vieux

La bonne nouvelle est que la vieillesse s’éternise. Depuis 1900, notre espérance de vie s’est allongée. Et elle ne cesse de croître. On a gagné dix ans de plus depuis 1974 alors que l’espérance de vie était de 73 ans à l’époque. Le physiothérapeute Denis Fortier, dans son livre C’est normal à votre âge? écrit à ce sujet: «Il est étonnant de constater que les trois décennies qui se sont ajoutées à l’espérance de vie moyenne depuis le siècle dernier ne semblent pas avoir modifié notre façon de percevoir l’avancée en âge.»

Cela dit, il y a encore beaucoup de travail à faire pour rejoindre la perception positive qu’ont les jeunes sur les centenaires de la communauté d’Okinawa, au Japon. Là-bas, les vieux sont pratiquement vénérés et on les considère comme de véritables trésors. Jeunes et vieux se côtoient dans des activités multigénérationnelles qui sont très appréciées de part et d’autre. En Afrique également, les personnes âgées sont considérées comme des trésors, comme le dit le proverbe africain: «Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.»

Or, quand ils ont la santé, il n’est pas rare de voir des aînés se lancer des défis ou explorer de nouveaux horizons : voyager dans des destinations à risque, retourner aux études pour compléter un doctorat ou au travail à temps partiel dans un autre secteur d’activité que celui qu’ils ont connu, relever un défi sportif (ex.: saut en parachute), soutenir les autres dans différentes associations, s’engager comme bénévoles dans des organisations et même partir en affaires. Selon le site Jobboom, les boomers sont plus nombreux, depuis quelques années, à créer leur propre entreprise, que ce soit par choix ou par nécessité économique. Certains ouvrent des vignobles ou des microbrasseries. D’autres, comme l’actrice québécoise Dorothée Berryman à 71 ans, continuent de jouer. Le chanteur Jacques Michel compose de la musique et chante encore à 78 ans. 

Bref, ces artistes font mentir les préjugés et aident à redorer l’image de la vieillesse.

Les chiffres parlent et plaident en faveur d’une meilleure intégration des plus vieux dans la communauté. Bientôt, au Québec, ils seront plus nombreux que les plus jeunes. Si la tendance se maintient, à compter de 2022, les 65 ans et plus dépasseraient en nombre les 0-19 ans.

Pourquoi se priver du savoir-faire et du savoir-être acquis par nos aînés tout au long de leur vie? C’est une richesse inestimable pour tout le monde.