La mer a emporté une partie de la route 132 en Haute-Gaspésie, dont une portion a été fermée pendant deux jours.

Érosion côtière: une réflexion s'impose

BILLET / La route 132 a une fois de plus subi les «caresses» du golfe Saint-Laurent le 15 décembre au nord de la Gaspésie, au point de voir sa principale artère devenir dysfonctionnelle pendant deux jours sur quelques kilomètres. Il faut reconnaître que les tempêtes ont augmenté en intensité et en fréquence depuis le nouveau millénaire.
Pris à contrepied, comme en juillet 2014 à la suite de la tempête Arthur et après les tempêtes de décembre 2010, les gens de Transport Québec ont réparé temporairement la route à La Martre et à l'Anse-Pleureuse. Ils reviendront à la charge au printemps avec une réfection plus durable.
Toutefois, «plus durable» est relatif. Avant longtemps, que ce soit dans un mois, deux ans ou cinq ans, ce travail sera à recommencer.
Le niveau des océans monte depuis des centaines d'années mais cette hausse s'est accélérée en raison du réchauffement planétaire, nous rappellent les experts d'Ouranos, le consortium de recherche sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques.
Ce réchauffement, en plus de multiplier la fréquence des tempêtes et leur force, enlève souvent au littoral l'essentiel de son écran protecteur, les glaces hivernales. L'érosion côtière évolue désormais à longueur d'année et fragilise la côte dans l'attente de la prochaine tempête. Tous les éléments se juxtaposent pour augmenter les dommages.
Que faut-il faire pour atténuer les travaux de réparation et de correction attribuables aux tempêtes? La situation requiert des mesures à court, moyen et long terme. Le sujet mérite une réflexion intense qu'il convient d'amorcer, pour certaines personnes, ou de poursuivre avec assiduité pour d'autres.
Ce que disent les experts d'Ouranos, c'est qu'il faut apprendre à rouler avec les chocs, plutôt que continuer à répliquer coup sur coup.
Les murs de béton en bordure des routes ne règlent rien. Ils amplifient l'érosion en réfléchissant l'énergie des vagues, qui vont simplement frapper aussi fort, parfois plus, ailleurs, en charriant de surcroît le sable agissant normalement comme amortisseur de tempête. La conception même de nos interventions collectives et individuelles doit changer. C'est plus simple à dire qu'à faire.
Nos gouvernements devront recourir à l'expertise des gens d'Ouranos et d'autres autorités en la matière, mais il ne faut pas attendre que les dirigeants des ministères montrent de l'avant-gardisme. Ils sont à la remorque des événements et de l'innovation, rarement en tête de la parade. Le changement viendra donc des citoyens et des groupes de pression qu'ils forment.
Les ennemis du Québec rural diront qu'il serait plus simple, dans le cas de certains villages du «Québec maritime», donc de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent, de fermer des communautés pour réduire la facture. Ils oublient que la route 132 est à protéger, parce qu'elle est nationale, et qu'elle mène à des villes régionales porteuses d'une économie importante. De plus, le temps de l'expropriation est révolu.
La facture des dommages dans ce Québec maritime s'élèvera probablement à 1,5 milliard $ au cours des 50 prochaines années, mais il y aura moyen de l'atténuer si les actions se déploient autrement qu'au moyen de nos réflexes conventionnels.
La réflexion doit aussi s'étendre à un sujet complexe, la réduction du réchauffement planétaire attribuable à l'action humaine, grande génératrice de gaz à effet de serre. Cette discipline va au-delà des routes, mais les deux sont indissociables. 
Tous les gestes sont importants en matière de changements climatiques. Les gestes individuels ont une portée collective. Il peut être désespérant de penser que nos petits gestes n'ont à peu près pas d'influence sur la situation planétaire. Toutefois, c'est aussi la somme de ces petits gestes qui améliorera le bilan climatique. L'avenir économique appartient aux sociétés qui auront maîtrisé les meilleures techniques menant à ce meilleur bilan.