Les présidents Hassan Rouhani (Iran), Recep Tayyip Erdogan (Turquie) et Vladimir Poutine (Russie) se sont rencontrés à Ankara, le 4 avril dernier.

Erdogan, l’Empire ottoman et l’OTAN

Vladimir Poutine a lancé au début du mois, avec Recep Tayyip Erdogan, un mégaprojet de centrale nucléaire et annoncé une accélération de la livraison à la Turquie des systèmes russes de défense antiaérienne S-400, pourtant incompatibles avec les systèmes de défense de l’OTAN, au sein de laquelle se trouve la Turquie depuis 1952.

Qui se ressemble s’assemble! Car il y a deux Turquie : celle, urbaine, attirée par la démocratie et l’Occident, et celle, profonde, attirée par l’absolutisme et les hommes à poigne, comme Erdogan et Poutine. La dernière est en train de l’emporter en muselant et en emprisonnant l’opposition.

Avec le concours actif des chefs religieux, le parti d’Erdogan passera bientôt du stade d’islamoconservateur à celui d’islamique. Qui sait si d’ici une décennie le régime turc ne constituera pas une variante sunnite du régime chiite iranien. Le cas échéant, la Turquie aura passé du côté obscur de la Force.

On dit d’Erdogan qu’il rêve pour son pays de retrouver un peu de la gloire perdue de la Sublime Porte, de l’Empire ottoman. Et si la reconquête devait commencer par le nord de la Syrie, où se trouvent les ennemis séculaires, les Kurdes? Mais espérer y rester à demeure n’est envisageable que si la Russie y consent.

Suite logique, la Turquie se retirera de l’OTAN, qui a été enguirlandée par Erdogan il y a peu. Mais comme des bombes atomiques ont été stockées sur son sol, il faut s’inquiéter, car l’armée turque, attachée à l’Alliance et garante de la laïcité, a été décimée après le putsch raté du 15 juillet 2016 (la presque moitié des généraux a été arrêtée ou écartée). Par mesure de précaution, l’OTAN doit trouver le moyen de les sortir du pays avant que la situation ne se dégrade.

En attendant, le visionnage d’un film s’impose : «Docteur Folamour, ou Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe», de Stanley Kubrick.

Sylvio Le Blanc, Montréal