Enlever le crucifix, c’est tuer notre mémoire

Que l’on soit croyant d’une religion ou d’une autre ou encore athée, agnostique, féministe ou quoi d’autre encore, rien ne pourra justifier historiquement parlant la disparition du crucifix à l’Assemblée nationale et voici pourquoi:

Enlevez ce crucifix et vous tuerez du même coup la mémoire identitaire du peuple québécois, et ce, que vous soyez croyant ou non. La justification de sa présence ne doit pas être débattue en raison de la crise identitaire qui prévaut actuellement et des suites à ce problème d’où sont issues nos différentes propositions d’accommodements raisonnables et cette justification ne doit pas se construire non plus à partir d’un souci de justice que ressentent les baby-boomers envers les adeptes des autres religions vivant au Québec, mais bien en raison d’un signe indélébile et distinctif de notre nation auquel tous les autres peuples qui habitent notre territoire national doivent reconnaître comme faisant partie du respect que les Québécois de souche ont envers eux-mêmes et envers leur propre histoire, que nous soyons encore croyants ou non.

C’est pourquoi la justification de la présence du crucifix dans ce haut lieu réside tout d’abord dans l’inconscient collectif de la nation québécoise comme l’aurait sans doute dit le parrain de la loi 101 au Québec, le docteur Camille Laurin.

On peut être pour ou contre l’héritage de ses ancêtres, mais on ne peut être contre la «substantifique moelle» dont étaient pourvus ceux et celles qui ont fondé et bâti le Québec d’aujourd’hui, y compris les artisans de sa révolution tranquille au moment même où notre nation vivait son adolescence. D’ailleurs, cette révolution tranquille, cette séparation aussi de l’Église et de l’État a été justement tranquille en raison de l’ambiguïté même que renfermait cette révolution à l’endroit de nos ancêtres. 

Oui, on rejetait ce compagnonnage nocif de la religion qui mangeait de ce qui sortait de la main de Duplessis, mais on ne rejetait pas le Père Georges-Henri Lévesque, de ce qu’il représentait, car étant celui-là même qui avait inspiré et provoqué cette souhaitable révolution. Non, les artisans de cette révolution ne rejetaient pas tout de l’héritage provenant de la foi de nos ancêtres mais, par contre, oui ils rejetaient cette caricature grotesque de l’Église qu’avaient dessinée plusieurs membres de sa hiérarchie. À bas les tares que renfermait cette Église du Moyen-Âge, mais reconnaissants envers tout ce beau qu’elle possédait, par lequel nous avons triomphé du vouloir que l’on disparaisse en tant que nation.

Je reviens spécifiquement au crucifix de l’Assemblée nationale, enlevez-le et vous ne saurez plus d’où vous venez, de ce qui nous distingue en tant que peuple en rapport à un autre. On ne peut se départir de ce que nous étions et qui fait ce que nous sommes, et les autres qui viennent s’établir ici sur cette terre québécoise ne peuvent et ne pourront rien changer à cela, eux aussi.

À moins que nous acceptions de devenir, comme le souhaitent entre autres certains de nos décideurs politiques, un peuple atteint d’une maladie permanente que l’on pourra qualifier ultérieurement comme étant la maladie de l’Alzheimer du peuple québécois, peuple qui avait appris, chemin faisant, à comment mourir et non plus celui duquel certains de nos devanciers glorieux écrivaient en leur temps que nous étions «d’une race qui ne sait pas mourir.»

Jacques Béland, Québec