Le premier ministre Philippe Couillard

Encore une mauvaise journée

Philippe Couillard a choisi une bien mauvaise journée jeudi pour vanter les «bons coups» de Jean Charest qui assistera samedi au congrès du Parti libéral. Lorsque la Vérificatrice générale relève que d’importantes irrégularités dans des transactions de la Société immobilière du Québec (SIQ) ont privé les fonds publics de 18,6 millions $ au temps où M. Charest était premier ministre, on s’abstient de faire l’éloge de celui-ci. Sinon, à quoi bon répéter que 2008 et 2018 ce n’est pas la même époque?

«Je ne l’ai pas défendu, j’ai cité des faits», a expliqué M. Couillard aux journalistes, après la période des questions.

Le chef libéral a adopté comme règle qu’il répondra à toutes les interventions de François Legault qu’il considère manifestement comme son principal adversaire. Les députés et les militants libéraux souhaitent sans doute que les répliques de leur chef ne jouent pas contre eux. 

Que M. Charest ait, comme l’a rappelé M. Couillard, «géré une crise financière d’ampleur internationale de façon remarquable, lancé le Plan Nord, le libre-échange avec l’Europe, l’équité salariale, la représentation paritaire des hommes et des femmes dans les conseils d’administration et au conseil des ministres», ne fait pas oublier d’autres faits. 

M. Charest est sous la loupe de l’Unité permanente anticorruption, de même que l’argentier du PLQ sous son règne, Marc Bibeau. Ce n’est pas banal. Même si les deux hommes ne font pas jusqu’à maintenant l’objet d’accusations, l’héritage de l’ère Charest est lourd à porter. 

Le rapport dévastateur rendu par la Vérificatrice n’aide en rien à l’alléger.

«Encore une fois,  ce n’est pas une très bonne journée», a affirmé le président du Conseil du Trésor, Pierre Arcand. On imagine aisément quand des «proches» du parti sont mêlés à une «fraude alléguée». 

Le rapport soulève de nombreuses failles dans la gestion de la SIQ et de sa surveillance de la part du conseil d’administration et des parlementaires qui ont été roulés dans la farine. Le Bureau de la vérificatrice relève que les experts de la SIQ  n’ont pas participé à la démarche de vente des immeubles, et ce, même s’il s’agissait de transactions financières majeures. La plupart des décisions ont impliqué essentiellement le pdg de la SIQ, le vice-président à l’exploitation Est et l’intermédiaire de marché.

Le conseil d’administration a autorisé à l’unanimité les transactions de vente et de locations des trois immeubles même si plusieurs documents ont été remis aux membres séance tenante. Selon la Vérificatrice, la vente a été autorisée sur la base d’une information insuffisante ou erronée.

Guylaine Leclerc note également que l’information donnée aux parlementaires pour justifier la vente des immeubles ne fournissait pas un portrait juste des incidences financières de la vente, et que les conditions négociées n’ont pas permis d’atteindre les objectifs présentés aux parlementaires. 

Le constat est fort accablant. Le gouvernement Couillard le juge inacceptable et ses avocats tenteront de récupérer l’argent perdu. Il y a aussi enquête policière dans ce dossier. On attend les résultats et tout ça est de l’histoire ancienne? 

Mme Leclerc voit des améliorations significatives même si la «Société n’a toujours pas de planification à long terme pour répondre de la meilleure façon aux besoins de locaux de ses ministères et organismes». 

Elle cite quelques cas, dont celui de l’édifice Louis-Philippe-Pigeon qui a été vendu l’an dernier sans aucune évaluation de sa valeur marchande et dans le but d’obtenir une entrée de fonds rapide afin de combler un déficit budgétaire.

Bref, ce n’est peut-être pas la même époque, mais certains réflexes de bonne gestion font encore défaut.