La tragédie de Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013

Encore du laxisme

ÉDITORIAL / Après la tragédie survenue en 2013 à Lac-Mégantic, on pourrait s’attendre à ce que toutes les précautions sont prises et que tout soit fait dans les règles de l’art pour éviter qu’un train, de surcroît chargé de marchandises dangereuses, parte à la dérive. Malheureusement non. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada revient depuis 15 ans à la charge pour que le personnel soit mieux formé.

Quarante-sept victimes. Un centre-ville détruit, une ville défigurée. Des habitants endeuillés et traumatisés.  Des cours d’eau contaminés. Ce n’est pas encore assez pour convaincre Ottawa et les compagnies ferroviaires de faire davantage pour assurer la sécurité des Canadiens? 

Pour éviter également que de simples employés se retrouvent après un drame au banc des accusés parce que leur employeur et leur «boss» ont lésiné à droite et à gauche pour réaliser plus de profits.

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a publié mercredi dernier son rapport d’enquête sur un évènement survenu en juin 2016 au triage MacMillan, au nord de Toronto. Une autre histoire de train à la dérive à 30 km à l’heure sur une distance d’environ trois milles, de freins à air sur aucun des wagons. Un wagon contenait un liquide inflammable.

Le train s’est arrêté de lui-même. Dommages limités. Ce n’est pas toujours le cas. On sait depuis la nuit horrible du 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic que dans certains cas, les mouvements de wagons non contrôlés, même si peu fréquents, peuvent avoir des effets désastreux et excessivement coûteux humainement et matériellement.

D’où la demande répétée du BST à Transports Canada pour qu’il actualise le Règlement sur les normes de compétence des employés ferroviaires. Le règlement est en vigueur depuis 1987. Depuis 31 ans.

Le BST constate des lacunes dans la formation, les qualifications, le renouvellement de qualification et la surveillance réglementaire des employés. Il souligne que le secteur ferroviaire s’est transformé depuis 1987, que la technologie a évolué, mais que les normes de compétence et les exigences de formation n’ont pas changé. 

«Par conséquent. Les employés ferroviaires qui occupent des postes essentiels à la sécurité pourraient ne pas avoir la formation ou l’expérience suffisante pour accomplir leurs tâches en toute sécurité».

Le BST reconnaît par ailleurs que Transports Canada a apporté des correctifs et resserré certaines règles depuis le drame de Lac-Mégantic. Il estime toutefois que les mouvements non contrôlés continuent de poser un risque pour le système de transport ferroviaire. Ceux-ci ont d’ailleurs augmenté au cours des cinq dernières années. 

Dans son dernier rapport, le BST relève que 62 évènements de ce type se sont déroulés en 2017.  La raison du mouvement imprévu ou non contrôlé? Perte de maîtrise (2), manœuvres sans freins à air (21), immobilisation insuffisante (39). Dans 18 cas, il y avait présence de marchandises dangereuses. 

Ce n’est pas rassurant. 

Transports Canada a bien sûr tenté de l’être. Le ministère a indiqué qu’il se penchera sur la demande du BST. Il a également précisé à La Presse canadienne que la modernisation était déjà dans sa ligne de mire. Ottawa est aussi en train de compléter une révision en profondeur de la Loi sur la sécurité ferroviaire.

Un air déjà entendu. Cela prendra combien de temps encore?

Le BST estime que la révision des normes de compétences des employés ferroviaires a déjà trop tardé.

En novembre 2013, quelques mois après la nuit funèbre à Lac-Mégantic, le Vérificateur général du Canada déplorait des lacunes récurrentes chez Transports Canada, malgré la bonne volonté exprimée publiquement depuis 20 ans. Cinq ans plus tard, le problème persiste.