«Une société change quand est attaqué ce qui touche à la survie d’une majorité d’humains et que chacun et chacune se sentent menacés dans leur être», affirme l’auteur de cette lettre.
«Une société change quand est attaqué ce qui touche à la survie d’une majorité d’humains et que chacun et chacune se sentent menacés dans leur être», affirme l’auteur de cette lettre.

Encore cette question du port du masque!

POINT DE VUE / Je ne suis pas spécialiste des questions sanitaires ni anthropologue médical, mais depuis des décennies, je travaille dans le domaine des guerres et j’effectue des recherches concernant leurs impacts et, notamment, le comportement des humains lors des grands conflits. 

Concernant la COVID, on entend souvent «l’ennemi invisible» ou la «guerre au virus». Ces expressions me rejoignent, bien évidemment. Où est le lien vous me direz avec la question des masques sanitaires?

Ce lien est que le comportement des humains est modifié radicalement lorsqu’une majorité de la population a peur de mourir ou, encore, par la peur que des personnes proches ne meurent. 

Dans le cas des guerres, une personne ira jusqu’à mourir pour ne pas que sa descendance ne meure et pour protéger sa famille. Vu sous un angle plus près de nous, que font les autorités pour nous encourager à ne plus fumer ou conduire prudemment? Elles présentent des publicités qui montrent les risques de mourir du cancer ou dans un accident horrible. On y voit aussi des personnes qui incitent les autres à ne pas fumer ou à conduire prudemment. Dans un tel cas, on veut aussi protéger les autres, tout comme le port d’un masque ne nous protège pas, nous, mais bien ceux que nous rencontrons.

Dans le cas de la COVID et des masques, la population en général n’a pas peur de mourir et n’a pas non plus la compréhension claire que les masques protègent les autres de décéder. Ce ne sont pas les hésitations du gouvernement, les comportements sociaux ou d’autres raisons qui font que les gens ne le portent pas selon moi. C’est plutôt leur «non-peur» de mourir ou de tuer d’autres personnes.

Pourquoi? Parce que l’emphase, avec raison je le précise, mise sur le nombre de décès touche les CHSLD et les résidences pour personnes âgées. Les autorités, et les médias, ne traitent que de cela. Ce qui est juste d’en parler, mais, en contrepartie, la population y voit comme corollaire qu’il n’y a pas beaucoup de risques en dehors de ces centres.

Donc, «les miens et moi n’avons pas [ou très peu] de risques de mourir de la COVID» a comme résultat, «je n’ai pas à porter le masque».

Une société change quand est attaqué ce qui touche à la survie d’une majorité d’humains et que chacun et chacune se sentent menacés dans leur être. Inverser le discours par exemple, montrer pendant plusieurs jours des personnes de 30, 40 ou 50 ans qui sont malades, donner leurs statistiques de décès sans arrêt, montrer leurs familles et leurs enfants. Décrire les lieux où ils ont attrapé la COVID, comme une épicerie et, vous verrez, les gens vont tous s’acheter des masques. Cependant, ne sous-estimons surtout pas ce qui se passe en CHSLD, bien entendu, et continuons d’en parler activement, car bien que le nombre de décès diminue, chaque cas est unique et fait sombrer dans une immense peine un grand nombre de parents et d’amis.

*Cette opinion est à titre personnel