Emploi et santé mentale: à quand une stratégie?

Un mémoire de l’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP) intitulé : Santé mentale - travail : l’urgence d’agir, daté de l’an 2000, mentionnait l’urgence d’intégrer et de maintenir en emploi, sur le marché régulier du travail, les personnes atteintes en santé mentale et particulièrement les individus ayant une contrainte sévère à l’emploi. Que s’est-il passé depuis tout ce temps?

Selon la Direction de la Statistique du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il y avait, en novembre 2000, 44 191 individus du groupe santé mentale et prestataires ayant une contrainte sévère à l’emploi. En novembre 2010, ce nombre était passé à 54 385 personnes. Et en avril 2017, ce groupe avait encore grossi, passant à 55 334. Parmi ceux-ci, 3339 étaient prestataires du groupe «santé mentale» et avaient une formation universitaire.

Qu’a fait l’État québécois pendant tout ce temps? Il a déposé une «Stratégie nationale d’intégration et de maintien en emploi, sur le marché régulier du travail, pour les personnes handicapées». Les résultats ont montré que, pour les individus du groupe «santé mentale», la situation ne s’était pas améliorée, au contraire. Par la suite, le Gouvernement a fait une consultation dans le but de déposer une nouvelle Stratégie, phase deux, qui ne vît jamais le jour. En mars 2017, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale décida de ne plus offrir de nouvelles places dans le cadre du programme «Contrat d’intégration au travail» (C.I.T.). Puis, vint le dépôt du projet de Loi 173 portant sur le programme de «Revenu minimum garanti».

Bien que je sois d’accord pour accorder le programme de «Revenu minimum garanti» aux personnes ayant une contrainte sévère à l’emploi du groupe santé mentale qui ne désirent pas, ou ne peuvent pas, en raison de la sévérité de leur condition, accéder au marché régulier du travail, j’estime qu’il y a «urgence d’agir» pour tous les individus qui font des efforts pour vouloir s’intégrer et se maintenir en emploi, sur le marché régulier du travail et en particulier, les prestataires ayant une formation universitaire. 

Aussi, à quand le dépôt de la «Stratégie nationale d’intégration et de maintien en emploi, sur le marché régulier du travail, phase 2, pour les personnes ayant une problématique en santé mentale, prestataires d’une contrainte sévère à l’emploi, et particulièrement, pour les personnes ayant une formation universitaire? À quoi sert de faire des études et de déposer des rapports dans lesquels on énumère des listes de recommandations, si on ne donne pas les moyens aux employeurs de les mettre en œuvre?

André Genest, Québec